AVANT-PROPOS
La présente étude traite du « Nouvel Âge » ou « New
Age », un phénomène complexe qui influence maints aspects de la
culture contemporaine.
Cette étude est un rapport provisoire. Elle est le
fruit de la réflexion commune du Groupe de Travail sur les Nouveaux
Mouvements Religieux, formé de membres du « staff » de
différents dicastères du Saint-Siège: les Conseils Pontificaux de la
Culture et pour le Dialogue Interreligieux (qui sont les principaux
rédacteurs de ce projet), la Congrégation pour l'Evangélisation des
Peuples et le Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité des
Chrétiens.
Les réflexions présentées ici s'adressent avant tout à ceux
qui sont engagés dans l'action pastorale afin qu'ils soient en mesure
d'expliquer en quoi le mouvement du Nouvel Âge diffère de la foi
chrétienne. Cette étude est une invitation à prendre en considération la
soif spirituelle de beaucoup de nos contemporains, hommes et femmes. Il
est nécessaire de reconnaître que l'attrait exercé par la religiosité
Nouvel Âge sur certains chrétiens peut en partie s'attribuer à
l'absence d'une prise en considération sérieuse, de la part de leurs
propres communautés, des thèmes qui font vraiment objet de la synthèse
catholique. Ces thèmes sont, entre autres: l'importance de la dimension
spirituelle de l'homme et son intégration dans un « tout » de
vie, la recherche du sens de la vie, les liens entre les êtres humains et
le reste de la création, le désir de transformation personnelle et
sociale, le rejet d'une vision rationaliste et matérialiste de
l'humanité.
Ce document attire l'attention sur la nécessité de connaître
et de comprendre le Nouvel Âge comme courant culturel, mais aussi
sur l'exigence, pour les catholiques, de comprendre la doctrine et la
spiritualité catholiques authentiques de manière à discerner correctement
les thèmes de ce courant. Les deux premiers chapitres présentent le
Nouvel Âge comme une tendance culturelle multiforme, ainsi qu'une
analyse des principaux fondements de la pensée transmis dans ce contexte.
Aux chapitres trois et suivants, on trouvera des indications en vue d'une
enquête approfondie sur ce mouvement face au message chrétien. Quelques
suggestions de nature pastorale sont également proposées.
Ceux qui souhaitent approfondir l'étude du Nouvel Âge
trouveront d'utiles références en appendice. On espère en particulier
que cet ouvrage sera un encouragement à mener des études plus poussées
dans les différents contextes culturels. Son but est aussi d'encourager un
discernement chez ceux qui sont à la recherche de points de repère solides
pour une vie plus pleine. Nous sommes vraiment convaincus que chez
beaucoup de nos contemporains « en recherche », il est
possible de découvrir une vraie soif de Dieu. Comme l'a dit le Pape
Jean-Paul II à un groupe d'évêques des États-Unis: « Les Pasteurs
doivent se demander honnêtement s'ils prêtent suffisamment attention à la
soif du cœur humain pour la véritable 'eau vive' que seul le Christ, notre
Rédempteur, peut lui apporter (cf. Jn 4, 7-13). Ils devraient
insister sur la dimension spirituelle de la foi, sur l'éternelle fraîcheur
du message de l'Évangile et sur sa capacité de transformer et de
renouveler ceux qui l'acceptent » (AAS 86/4, 330).
1
QUEL GENRE DE RÉFLEXION?
Les réflexions qui suivent veulent être un guide pour les catholiques
engagés dans l'annonce de l'Évangile et dans l'enseignement de la foi, à
quelque niveau que ce soit, dans l'Église. Ce document n'a pas pour but de
fournir un ensemble de réponses exhaustives aux nombreuses questions
posées par le Nouvel Âge ou les autres signes contemporains de
l'éternelle recherche humaine de sens, du bonheur et du salut. C'est une
invitation à comprendre ce courant culturel et à engager un dialogue
sincère avec ceux qui sont influencés par sa pensée. Le document guide la
compréhension et la réponse au Nouvel Âge des personnes engagées
dans une tâche pastorale, illustrant les points où cette spiritualité
s'oppose à la foi catholique et réfutant les théories embrassées par les
penseurs Nouvel Âge en contraste avec la foi chrétienne. Ce qui est
vraiment demandé aux chrétiens, c'est d'abord et avant tout, une foi
reposant sur des fondements solides. Sur cette base stable, ils peuvent
bâtir une vie qui soit une réponse positive à l'appel contenu dans la
première Épître de Pierre: « Soyez toujours prêts à la défense
contre quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous. Mais
que ce soit avec douceur et respect, en possession d'une bonne
conscience » (1 P 3, 15 ss.).
1.1. Pourquoi maintenant?
Le troisième millénaire s'ouvre non seulement deux mille ans après la
naissance du Christ, mais aussi en un temps où des astrologues croient que
l'ère des Poissons, connue d'eux comme l'ère chrétienne, touche à sa fin.
Les réflexions présentées ici portent sur le Nouvel Âge, qui a
emprunté son nom à l'ère astrologique imminente du Verseau. Le Nouvel
Âge est une des nombreuses explications de la signification de ce
moment historique dont est bombardée la culture contemporaine (surtout
occidentale), et il est difficile d'y distinguer clairement ce qui est
compatible avec le message chrétien et ce qui ne l'est pas. Il semble donc
que le moment soit venu de proposer une évaluation chrétienne de la pensée
du Nouvel Âge et du mouvement Nouvel Âge dans son ensemble.
On a dit, avec raison, que beaucoup d'hommes balancent aujourd'hui
entre certitude et incertitude, en particulier sur les questions liées à
leur identité.1 Quelques-uns affirment que la religion
chrétienne est patriarcale et autoritaire, que les institutions politiques
sont incapables de changer le monde, et que la médecine officielle
(allopathique) échoue clairement à guérir vraiment les hommes. Le fait que
ce qui était autrefois des éléments centraux de la société soit
aujourd'hui perçu comme peu fiable ou dépourvu d'une autorité véritable a
créé un climat dans lequel les individus regardent en eux-mêmes, à la
recherche de sens et de force. Ils se tournent aussi vers les institutions
alternatives, dont ils espèrent qu'elles répondront à leurs besoins
profonds. La vie chaotique ou peu structurée des communautés alternatives
des années 1970 a donné lieu à une recherche de discipline et de
structures, qui sont des éléments-clés de certains mouvements «
mystiques » très répandus aujourd'hui. Le Nouvel Âge séduit
surtout parce qu'une grande partie de ce qu'il offre répond à des besoins
que les institutions établies n'ont pas toujours été capables de
satisfaire.
Mais si le Nouvel Âge est né, dans une large mesure, en réaction
contre la culture contemporaine, il en est en même temps, sous bien des
aspects, l'héritier direct. La Renaissance et la Réforme ont façonné
l'individu occidental moderne, peu enclin à accepter le poids d'une
autorité simplement extrinsèque ou de la tradition. Les hommes éprouvent
de moins en moins le besoin d'« appartenir » à des
institutions (et pourtant la solitude est un grand fléau de la vie
moderne) et ne sont plus disposés à faire passer les jugements «
officiels » avant les leurs. Ce culte de l'homme s'accompagne d'une
intériorisation de la religion qui prépare le terrain à la sacralisation
du « moi ». C'est la raison pour laquelle le Nouvel Âge
a beaucoup de valeurs en commun avec la culture d'entreprise et
l'« évangile de la prospérité » (dont il sera question plus en
détail au chapitre 2.4), et avec la culture consumériste, dont l'influence
est bien perceptible dans le nombre sans cesse croissant de ceux qui
affirment qu'il est possible de mêler le christianisme au Nouvel
Âge, en prenant ce qui leur semble le meilleur de chacun.2
Il vaut la peine de rappeler que certaines déviances au sein du
christianisme sont allées au-delà du théisme traditionnel en acceptant un
repli sur soi à sens unique, au risque d'encourager un tel mélange
d'approches. Ce qu'il est important d'observer, c'est que dans certaines
pratiques Nouvel Âge, Dieu est réduit à la fonction de soutenir la
promotion de l'individu.
Le Nouvel Âge s'adresse à ceux qui adhèrent pleinement aux
valeurs de la culture moderne, considérant comme sacrées la liberté,
l'authenticité, l'indépendance et autres valeurs du même ordre. Il
s'adresse à ceux qui ont des problèmes avec le patriarcat. Il « ne
demande pas plus de foi qu'il n'en faut pour aller au cinéma
»,3 tout en déclarant satisfaire les besoins spirituels des
gens. Mais la question cruciale qui se pose ici est: qu'entend-t-on
exactement par spiritualité dans les milieux du Nouvel Âge? La
réponse met en lumière quelques différences entre la tradition chrétienne
et la mouvance Nouvel Âge. Certaines tendances du Nouvel Âge
exploitent les pouvoirs de la nature et tentent de communiquer avec un
autre monde pour découvrir le destin des individus, ou pour les aider à se
brancher sur la bonne vibration afin de tirer le meilleur parti
d'eux-mêmes et des circonstances. Dans la plupart des cas, il est
totalement fataliste. Le christianisme, au contraire, est une invitation à
regarder hors de soi et au-delà, vers le « nouvel avènement »
d'un Dieu qui nous appelle à vivre le dialogue d'amour.4
1.2. L'ère des communications
Depuis quelques années, la révolution technologique des communications
a créé une situation entièrement nouvelle. La facilité et la rapidité avec
lesquelles les hommes peuvent désormais communiquer est une des raisons
pour lesquelles le Nouvel Âge a réussi à attirer l'attention de
personnes de tous âges et de tous milieux, au point que beaucoup de ceux
qui suivent le Christ ne savent plus trop ce qu'il en est. L'Internet en
particulier a pris une influence considérable, surtout chez les jeunes,
pour qui il représente un moyen congénial et fascinant d'obtenir des
informations. Mais c'est aussi un moyen insidieux de désinformation sur
bien des aspects de la religion: ce qui est présenté sous l'étiquette
« chrétien » ou « catholique » est loin d'être
toujours un reflet fidèle des enseignements de l'Église catholique, et en
même temps, les sites Nouvel Âge se multiplient, allant des plus
sérieux aux plus ridicules. Une information fiable sur les différences
entre le christianisme et le Nouvel Âge est donc plus que jamais
nécessaire.
1.3. Le contexte culturel
En examinant diverses traditions Nouvel Âge, on s'aperçoit qu'en
fait, bien peu de choses sont véritablement nouvelles. S'il semble que ce
terme se soit répandu d'abord à travers les Rosicruciens et les
Francs-Maçons au temps des révolutions française et américaine, la réalité
qu'il dénote est plutôt une variante contemporaine de l'ésotérisme
occidental, dont l'origine remonte aux groupes gnostiques des premiers
siècles du christianisme. Ayant pris un nouvel essor en Europe à l'époque
de la Réforme, il se développa parallèlement aux conceptions scientifiques
du monde et acquit peu à peu une justification rationnelle aux
XVIIIe et XIXe siècles. Il se caractérise par le
rejet progressif d'un Dieu personnel au profit d'entités qui servaient
souvent d'intermédiaires entre Dieu et l'humanité dans le christianisme
traditionnel, en leur faisant subir des adaptations de plus en plus
originales ou en leur en adjoignant d'autres. Une autre tendance de la
culture moderne occidentale qui a puissamment contribué à la diffusion des
idées Nouvel Âge est l'acceptation générale de la théorie
évolutionniste de Darwin qui, avec l'accent mis sur les forces
spirituelles cachées ou forces de la nature, a jeté les bases de ce qui
est connu aujourd'hui comme la théorie du Nouvel Âge. En réalité,
si le Nouvel Âge a bénéficié d'un accueil si favorable, c'est parce
que la vision du monde sur laquelle il se fondait était déjà largement
acceptée. Le terrain avait été bien préparé par les progrès du relativisme
et par l'indifférence ou même l'antipathie envers la religion chrétienne.
Par ailleurs, un débat très animé a porté sur le point de savoir si, et
dans quelle mesure, le Nouvel Âge pouvait être considéré comme un
phénomène post-moderne. L'existence et la ferveur de la pensée et de la
pratique Nouvel Âge confirment le désir inextinguible de
transcendance de l'esprit humain et de sens religieux, ce qui n'est pas
seulement un phénomène culturel actuel, mais était déjà manifeste dans le
monde antique chez les chrétiens comme chez les païens.
1.4. Le Nouvel Âge et la foi catholique
Même s'il est possible d'admettre que la religiosité Nouvel Âge
répond, d'une certaine manière, aux désirs spirituels légitimes de la
nature humaine, il est nécessaire de reconnaître que cette tentative
s'inscrit toujours à l'opposé de la révélation chrétienne. C'est surtout
dans la culture occidentale que les approches « alternatives »
à la spiritualité attirent de plus en plus. D'une part, les nouvelles
formes d'affirmation psychologique de l'individu sont très en vogue chez
des catholiques, jusque dans les lieux de retraite, séminaires et maisons
de formation pour religieux. En même temps, on constate une certaine
nostalgie et un regain de curiosité pour la sagesse et les rites
d'autrefois, qui expliquent en partie l'intérêt croissant pour
l'ésotérisme et le gnosticisme. Beaucoup sont attirés en particulier par
ce qui est connu, à tort ou à raison, comme la spiritualité «
celtique » 5 ou les religions des peuples de l'Antiquité.
Les ouvrages et les cours sur la spiritualité et les religions anciennes
ou orientales sont en plein essor, et ils sont souvent présentés sous
l'étiquette « Nouvel Âge » à des fins commerciales.
Cependant, les liens avec ces religions ne sont pas toujours évidents et
sont même souvent démentis.
Un discernement chrétien approprié sur la pensée et la pratique
Nouvel Âge ne manquera pas de reconnaître, comme pour le gnosticisme
du second et du troisième siècle, qu'elles représentent un compendium de
propositions que l'Église a qualifié d'hétérodoxes. Jean-Paul II met en
garde contre « la question de la renaissance de certaines traditions
du gnosticisme antique sous la forme de ce qu'on appelle le New
Age ». « Il est impossible de se laisser bercer par
l'illusion que ce retour de la gnose préluderait à un renouveau de la
religion. Il s'agit tout simplement de la version moderne d'une attitude
spirituelle qui, au nom d'une prétendue connaissance supérieure de Dieu,
finit par rejeter définitivement sa Parole en la remplaçant par des
paroles toutes humaines. La gnose n'a jamais disparu du champ du
christianisme. Elle a toujours cohabité avec lui, parfois en tant que
courant philosophique, plus souvent sous des formes religieuses ou
parareligieuses, en opposition nette, même si elle n'est pas explicite,
avec l'essentiel du christianisme ».6 Un exemple nous est
donné par l'ennéagramme – un instrument pour l'analyse du charactère selon
neuf catégories – qui, lorsqu'on l'utilise comme instrument de croissance
spirituelle, introduit une ambiguïté dans la doctrine et la pratique de la
foi chrétienne.
1.5. Un défi stimulant
L'attrait pour la religiosité Nouvel Âge ne doit pas être sous-
évalué. Une compréhension imparfaite de la foi chrétienne autorise
certains à considérer à tort que la religion chrétienne n'inspire pas une
spiritualité profonde et à regarder ailleurs. À vrai dire, certains
pensent que le Nouvel Âge tire à sa fin et parlent déjà du «
prochain » âge.7 Ils parlent d'une crise qui se serait
manifestée au début des années 1990 aux États-Unis, tout en admettant que,
surtout en dehors du monde anglophone, cette « crise »
pourrait se produire plus tard. Pourtant, le succès des librairies et
stations de radio ainsi que la myriade de groupes de réalisation de soi
apparus dans les villes, petites et grandes, s'inscrivent en faux contre
une telle affirmation. Il semble que, pour le moment du moins, le
Nouvel Âge soit encore très vivant et très présent sur la scène
culturelle contemporaine.
Le succès du Nouvel Âge est un défi pour l'Église. Les hommes
ont le sentiment que la religion chrétienne ne leur offre pas ce dont ils
ont vraiment besoin. La recherche qui les amène au Nouvel Âge est
une aspiration authentique: à une spiritualité plus profonde, à quelque
chose qui touche leur cœur et donne un sens à un monde confus et souvent
aliénant. Il y a du vrai dans les critiques que le Nouvel Âge porte
au « matérialisme de la vie quotidienne, de la philosophie et même
de la médecine et de la psychiatrie; au réductionnisme qui refuse de
prendre en considération les expériences religieuses et surnaturelles; à
la culture industrielle de l'individualisme effréné qui encourage
l'égoïsme et se désintéresse totalement des autres peuples, du futur et de
l'environnement ».8 Les problèmes que peut poser le
Nouvel Âge naissent plutôt de ses réponses alternatives aux
questions de la vie. Si l'Église ne veut pas être accusée de rester sourde
aux aspirations des hommes, il faut que ses membres fassent deux choses:
s'ancrer encore plus fermement dans les fondements de leur foi, et
percevoir le cri souvent silencieux qui s'élève du cœur des hommes, et les
porte ailleurs s'ils ne trouvent pas une réponse dans l'Église. C'est
aussi un appel à s'unir plus intimement à Jésus-Christ et à marcher à sa
suite, lui qui est vraiment le chemin du bonheur, de la vérité sur Dieu et
de la plénitude de vie pour tous ceux qui sont prêts à répondre à son
amour.
2
LA SPIRITUALITÉ NOUVEL ÂGE:
APERÇU
GÉNÉRAL
Les chrétiens, dans beaucoup de sociétés occidentales et de
plus en plus souvent aussi dans d'autres parties du monde, sont
fréquemment en contact avec divers aspects du phénomène du Nouvel Âge.
Beaucoup veulent comprendre quelle est la meilleure façon d'aborder ce
phénomène fascinant, complexe, insaisissable et parfois même dérangeant.
Les réflexions qui suivent sont une tentative pour aider les chrétiens à
faire deux choses:
– Identifier les éléments de la tradition Nouvel Âge
en expansion;
– Déterminer, parmi ces éléments, ceux qui s'opposent
à la révélation chrétienne.
Cette réponse pastorale à un défi actuel ne cherche pas à
dresser la liste complète des phénomènes du Nouvel Âge, parce que
ce serait trop long et que ce genre d'informations se trouve facilement
ailleurs. Il est essentiel d'essayer de comprendre correctement le
Nouvel Âge afin de pouvoir le juger de façon impartiale, en évitant
d'en faire une caricature. Il ne serait ni juste ni raisonnable d'affirmer
que tout ce qui est lié au Nouvel Âge est bon, ou inversement que
tout est mauvais. Mais il demeure quand même difficile, étant donnée la
vision de la religiosité Nouvel Âge, de le réconcilier avec la
doctrine et la spiritualité chrétienne.
Le Nouvel Âge n'est pas un mouvement selon le sens
que l'on donne à ce terme dans l'expression « Nouveaux mouvements
religieux », et il ne correspond pas non plus à ce que l'on entend
généralement par les termes de « culte » ou de «
secte ». S'étendant à toutes les cultures, dans des domaines aussi
variés que la musique, le cinéma, les séminaires, les stages, les
retraites, les thérapies et bien d'autres activités ou manifestations, il
est beaucoup plus répandu et informel, même si certains groupes religieux
ou para-religieux incorporent sciemment des éléments Nouvel Âge, et
si le Nouvel Âge est considéré par certains comme une source
d'inspiration pour diverses sectes religieuses et
para-religieuses.9 Loin d'être un mouvement unifié et uniforme,
le Nouvel Âge est au contraire un réseau fluide d'adeptes dont
l'approche est de penser globalement mais agir localement. Ceux qui
font partie de ce réseau ne se connaissent pas nécessairement entre eux et
ne se rencontrent que rarement, ou même jamais. Pour tenter d'éviter la
confusion que pourrait causer l'emploi du terme « mouvement »,
certains préfèrent parler du Nouvel Âge comme d'un «
milieu »,10 ou d'un « culte d'audience »
(audience cult).11 Cependant, on souligne aussi que
« c'est un courant de pensée très cohérent »,12 un
défi délibéré à la culture moderne. Il s'agit d'une structure syncrétique
rassemblant toute sorte d'éléments, ce qui permet aux individus de
partager des intérêts ou de nouer des relations à divers degrés et avec
différents niveaux d'engagement. Nombre de tendances, pratiques et
attitudes appartenant de quelque façon au Nouvel Âge ressortent en
réalité d'une réaction générale et facilement identifiable contre la
culture ambiante. En ce sens, le terme « mouvement » n'est pas
totalement inapproprié, et peut être appliqué au Nouvel Âge au même
titre qu'il l'est à d'autres grands mouvements sociaux tels que le
mouvement pour les droits civils ou celui pour la paix. Car comme eux, il
comprend un ensemble hétéroclite d'individus qui, tout en adhérant aux
grands objectifs du mouvement, diffèrent beaucoup par leur niveau
d'engagement et leur interprétation des questions particulières.
L'expression « religion Nouvel Âge »
étant encore plus controversée, il est préférable d'éviter de
l'employer, même si le Nouvel Âge représente bien souvent une
réponse aux questions et aux besoins religieux des hommes et qu'il
s'adresse surtout à ceux qui tentent de trouver, ou de retrouver, la
dimension spirituelle de leur vie. Éviter d'employer le terme «
religion Nouvel Âge » ne signifie nullement contester le
caractère authentique de cette aspiration à donner une signification et un
sens à sa vie, mais seulement respecter la distinction très nette que font
la plupart des adeptes du Nouvel Âge entre « religion »
et « spiritualité ». Beaucoup d'entre eux ont rejeté la
religion organisée, estimant qu'elle ne répondait pas à leurs besoins,
pour aller chercher ailleurs la « spiritualité ». En outre,
le Nouvel Âge étant convaincu que le temps des religions
particulières est révolu, en parler comme d'une religion irait à
l'encontre de l'idée qu'il se fait de lui-même. Il est cependant assez
juste de situer le Nouvel Âge dans le contexte plus vaste de la
religiosité ésotérique, dont la fascination ne cesse de grandir.13
Il convient de mentionner ici un problème inhérent à la
présente étude. S'étant donné comme but de comprendre et d'évaluer un
phénomène qui est fondamentalement une exaltation de la richesse de
l'expérience humaine, elle risque d'être accusée de ne pas faire justice à
un mouvement culturel dont l'essence est précisément de rompre ce qu'il
considère comme les limites contraignantes du discours rationnel. En fait,
c'est surtout une invitation s'adressant à tous les chrétiens pour qu'ils
prennent le Nouvel Âge au sérieux et instaurent un dialogue
critique avec ces personnes qui abordent le même monde à partir de
perspectives bien différentes.
L'efficacité pastorale de l'Église au troisième millénaire
dépend dans une large mesure de la préparation de bons communicateurs du
message évangélique. Ce qui suit est une réponse aux difficultés indiquées
par beaucoup quand il s'agit d'affronter le phénomène complexe et fuyant
du Nouvel Âge. C'est une tentative pour comprendre ce qu'est le
Nouvel Âge et identifier les questions auxquelles il dit apporter des
réponses et des solutions. Il existe d'excellents ouvrages et d'autres
études qui envisagent ce phénomène dans son ensemble ou sous certains
aspects particuliers, dont quelques-uns sont indiqués en annexe. Ces
documents ne font pas toujours preuve, à la lumière de la foi chrétienne,
du discernement nécessaire. La présente étude a pour but d'aider les
catholiques à découvrir la clé d'interprétation des principes de base de
la pensée Nouvel Âge pour pouvoir porter une appréciation
chrétienne sur les éléments qui se présentent à eux. Il faut dire aussi
que beaucoup réfutent le terme Nouvel Âge, lui préférant celui de
« spiritualité alternative », jugé plus correct et moins
limitatif. Il est vrai aussi qu'une grande partie des phénomènes
mentionnés dans ce document ne portent pas d'étiquette, mais on
suppose, pour faire court, que le lecteur reconnaîtra un
phénomène ou un ensemble de phénomènes pouvant à juste titre être reliés
au mouvement culturel souvent appelé Nouvel Âge.
2.1. Qu'y a-t-il de nouveau dans le Nouvel Âge?
Pour beaucoup, le terme Nouvel Âge indique clairement
un tournant majeur dans l'histoire. D'après les astrologues, nous sommes
actuellement dans l'ère des Poissons, qui a été dominée par le
christianisme. Mais l'ère des Poissons est sur le point de faire place à
la nouvelle ère (en anglais New Age) du Verseau, en ce début du
troisième millénaire.14 Si l'ère du Verseau jouit d'un tel
prestige dans le mouvement Nouvel Âge, cela est dû en grande partie
à l'influence de la théosophie, du spiritisme, de l'anthroposophie et de
leurs prédécesseurs ésotériques. Ceux qui mettent l'accent sur l'imminence
d'un changement au niveau mondial expriment souvent le souhait d'un
tel changement, et cela non pas tant dans le monde que dans notre culture,
dans notre façon de nous rapporter au monde. Cela est particulièrement
évident chez ceux qui avancent l'idée d'un Nouveau Paradigme de vie. Cette
approche est attrayante, car dans certaines de ses expressions, les hommes
ne se contentent pas d'observer passivement, mais contribuent
effectivement à changer la culture et à faire apparaître une nouvelle
conscience spirituelle. Dans d'autres expressions, l'accent est mis plutôt
sur la progression inexorable des cycles naturels. Quoi qu'il en soit,
l'ère du Verseau n'est pas une théorie, mais une vision. Le Nouvel
Âge est une tradition très vaste qui incorpore toute sorte d'idées
n'ayant pas de lien direct avec le passage de l'ère des Poissons à celle
du Verseau. On y trouve des visions modérées et plutôt générales d'un
futur où la spiritualité planétaire côtoiera des religions séparées, où
des institutions politiques planétaires similaires compléteront les
institutions plus locales, avec des entités économiques globales jugées
plus participatives et démocratiques, une plus grande place donnée à la
communication et à l'éducation, une approche mixte à la santé combinant la
médecine officielle et l'auto-guérison, une perception plus androgyne de
soi-même, et des systèmes intégrant la science, le mysticisme, la
technologie et l'écologie. Encore une fois, tout cela révèle une
aspiration profonde à une vie plus pleine et plus saine pour les hommes et
pour la planète. Parmi les traditions qui confluent dans le Nouvel
Âge, on peut citer, entre autres, les pratiques occultes de l'Égypte
ancienne, la kabbale, le gnosticisme des premiers siècles du
christianisme, le soufisme, le savoir druidique, le christianisme
celtique, l'alchimie médiévale, l'hermétisme de la Renaissance, le
bouddhisme zen et le yoga, etc.15
Voici la « nouveauté » du Nouvel Âge:
c'est un « syncrétisme d'éléments ésotériques et séculiers
»,16 qui convergent dans la perception très répandue que le
moment est venu d'un changement radical des individus, de la société et du
monde. Il existe diverses expressions de ce besoin de changement:
– De la physique mécanique newtonienne à la physique quantique;
– De l'exaltation moderne de la raison à la valorisation des
sentiments, des émotions et des expériences (en passant de la pensée
rationnelle 'de l'hémisphère gauche' du cerveau à la pensée
intuitive 'de l'hémisphère droit');
– De la prédominance des valeurs viriles et patriarcales à la
célébration des valeurs féminines, dans l'individu comme dans la
société.
Dans cette perspective, le terme de « changement de
paradigme » est souvent employé. Certains vont même jusqu'à suggérer
qu'un tel changement n'est pas seulement souhaitable, mais inéluctable. Le
rejet de la modernité qui est à l'origine de ce désir de changement n'est
pas nouveau, mais peut être décrit comme une « résurgence moderne
des religions païennes influencée par les religions orientales, la
psychologie, la philosophie, la science, et la contre-culture répandue
dans les années 1950 et 1960 ».17 En fait, si le
Nouvel Âge est bien le signe d'une révolution culturelle et d'un rejet
des idées et des valeurs de la culture occidentale, son criticisme
idéaliste est lui- même paradoxalement typique des cultures qu'il
condamne.
Il convient de dire quelques mots à propos du changement de
paradigme. L'expression a été lancée par Thomas Kuhn, un historien des
sciences américain qui voyait le paradigme comme « un ensemble de
croyances, valeurs, techniques, etc. partagées par les membres d'une
communauté donnée ».18 Lors du passage d'un paradigme à
un autre, il y a un changement total de perspective plutôt qu'une
transition progressive. Il s'agit véritablement d'une révolution, et Kuhn
ajoute que les paradigmes concurrents sont incompatibles et ne peuvent pas
coexister. Donc l'idée que le changement de paradigme, appliquée aux
religions et à la spiritualité, soit tout simplement une nouvelle façon
d'affirmer les croyances traditionnelles, n'est pas juste. On assiste
vraiment à l'apparition d'une nouvelle vision du monde qui remet en cause
non seulement le contenu, mais aussi l'interprétation fondamentale de la
vision précédente. Le meilleur exemple en est peut-être, du point de vue
des rapports entre le Nouvel Âge et le christianisme, le
remaniement complet de la vie et de la signification de Jésus-Christ. Il
s'agit de deux visions inconciliables.19
La science et la technologie n'ayant manifestement pas réussi à donner
tout ce qu'elles semblaient promettre autrefois, les hommes se sont
tournés vers la spiritualité dans leur quête de libération. Le Nouvel
Âge, tel que nous le connaissons aujourd'hui, est le fruit d'une
aspiration à quelque chose de plus humain et de plus beau que l'expérience
opprimante et aliénante de la vie de la société occidentale. Ses premiers
représentants ayant poussé leur recherche très loin dans toutes les
directions, il a adopté une approche extrêmement éclectique. S'il est bien
possible que ce soit le signe d'un « retour à la religion »,
ce n'est certainement pas un retour aux doctrines et aux croyances
chrétiennes orthodoxes. Les premiers symboles qui permirent à ce «
mouvement » de pénétrer dans la culture occidentale furent le
célèbre festival de Woodstock en 1969 dans l'État de New York, et la
comédie musicale Hair qui présentait les grands thèmes du Nouvel
Âge dans sa chanson emblématique « Aquarius
».20 Mais ce n'était que la pointe d'un iceberg dont les
dimensions ne se sont précisées qu'assez récemment. L'idéalisme des années
1960 et 1970 subsiste encore dans certains secteurs, mais aujourd'hui, ce
ne sont plus les adolescents qui sont les plus concernés. Les liens avec
les idéologies politiques de gauche se sont relâchés, et les drogues
psychédéliques ne sont plus aussi répandues qu'elles ne l'étaient à
l'époque. Tant de choses se sont produites depuis que tout cela ne semble
plus révolutionnaire. Les tendances « spirituelles » et
« mystiques », cantonnées autrefois à la contre- culture, se
sont maintenant largement intégrées à la culture ambiante dans des
domaines aussi divers que la médecine, la science, l'art ou la religion.
La culture occidentale est désormais empreinte d'une conscience politique
et écologique diffuse, et ce changement culturel global a eu une forte
incidence sur le style de vie des individus. Certains suggèrent que le
« mouvement » Nouvel Âge est précisément cette
transition majeure vers ce qu'ils considèrent comme « un mode de vie
nettement meilleur ».21
2.2. Que prétend offrir le Nouvel Âge?
2.2.1. Enchantement: il doit y avoir un ange
Un des éléments récurrents de la « spiritualité » Nouvel
Âge est la fascination pour les manifestations extraordinaires, et en
particulier pour les entités paranormales. Des personnes considérées comme
des « médiums » affirment que leur personnalité est sous
l'emprise d'une autre entité pendant les transes, par un phénomène
Nouvel Âge appelé channeling au cours duquel le médium peut
perdre le contrôle de son corps et de ses facultés. Ceux qui ont assisté à
ces séances n'ont généralement pas de mal à admettre que ces
manifestations sont bien de nature spirituelle, mais qu'elles ne
proviennent pas de Dieu, en dépit du langage d'amour et de lumière qui est
presque toujours utilisé... Il serait probablement plus correct de les
considérer plutôt comme une nouvelle forme de spiritisme, que comme une
manifestation de spiritualité proprement dite. Dans le monde des esprits,
d'autres amis et conseillers sont les anges (qui sont aujourd'hui au
centre d'un marché florissant de livres et d'images). Dans le Nouvel
Âge, ceux qui se réfèrent aux anges ne le font généralement pas de
façon systématique, les distinctions trop précises en la matière étant
jugées inutiles, car « il existe de nombreux niveaux de guides,
entités, énergies et êtres dans chaque angle de l'univers... Ils sont tous
là pour être contactés et choisis en fonction de vos mécanismes
d'attraction et de répulsion ».22 Ces entités
spirituelles sont souvent invoquées pour des motifs 'non-religieux', comme
aider à se détendre afin de prendre une meilleure décision ou mieux
contrôler sa vie ou sa carrière. Une autre expérience Nouvel Âge
relatée par des personnes qui se présentent comme des 'mystiques' est
la fusion avec les esprits qui instruisent par l'intermédiaire de
certaines personnes. Enfin, certains esprits de la nature sont décrits
comme des énergies puissantes, présentes dans le monde naturel et sur les
« plans intérieurs », des plans auxquels on accède à l'aide de
rituels, drogues ou autres techniques destinées à produire des états de
conscience altérés. Il est clair que dans le Nouvel Âge, en théorie
du moins, on ne reconnaît généralement pas d'autre autorité spirituelle
que sa propre expérience intérieure.
2.2.2. Harmonie et compréhension: les bonnes vibrations
Des phénomènes aussi différents que le jardin de Findhorn et le Feng
Shui23 montrent chacun à sa façon l'importance de se mettre
au diapason de la nature et du cosmos. Dans le Nouvel Âge, il
n'existe pas de distinction entre le bien et le mal. Les actions humaines
sont le fruit soit de l'illumination, soit de l'ignorance. En conséquence,
personne ne doit être condamné, et personne n'a besoin d'être pardonné. La
croyance dans l'existence du mal ne peut qu'engendrer la négativité et la
peur. La réponse à la négativité est l'amour. Il ne s'agit pas d'un
amour qui doit être traduit en actes, mais plutôt d'une attitude mentale.
L'amour est énergie, une vibration à haute fréquence, et le secret du
bonheur, de la santé et du succès réside dans la capacité de « se
brancher » sur cette vibration et de trouver ainsi sa place dans la
grande chaîne de l'être. Les instructeurs et les guérisseurs du Nouvel
Âge affirment offrir la clé des correspondances entre tous les
éléments de l'univers qui permet aux individus de moduler la tonalité de
leur vie et d'être en parfaite harmonie avec les autres être humains et
avec tout ce qui les entoure. Le cadre théorique de référence change
toutefois selon les auteurs.24
2.2.3. La santé: une vie épanouie (golden living)
La médecine officielle (allopathique) tend aujourd'hui à ne traiter que
des symptômes particuliers, isolés, sans chercher à avoir une vue
d'ensemble de l'état de santé de l'individu, ce qui donne lieu bien
souvent à une insatisfaction compréhensible. Si les thérapies alternatives
ont un tel succès, c'est parce qu'elles affirment considérer l'individu
dans son ensemble et qu'elles cherchent à guérir plutôt qu'à
soigner. La conception holistique de la santé, comme on le sait, se
concentre sur le rôle déterminant de la psyché dans la guérison du corps.
Le lien entre les aspects spirituel et physique de la personne résiderait
dans le système immunitaire ou dans le système indien des chakras. Dans
l'optique Nouvel Âge, la maladie et la souffrance sont la
conséquence d'un comportement contre nature. Quand on est en harmonie avec
la nature, on peut s'attendre à avoir une meilleure santé, et même la
prospérité matérielle. Certains guérisseurs Nouvel Âge vont même
jusqu'à soutenir que la mort n'est pas inéluctable. En développant notre
potentiel humain, nous pouvons entrer en contact avec notre Dieu intérieur
et avec certaines parties de nous-même qui ont été aliénées ou supprimées.
Cela apparaît surtout dans les États de Conscience Altérés (Altered
States of Consciousness: ASC), induits soit par des drogues, soit par
différentes techniques d'élargissement de la conscience, notamment dans le
cadre de la « psychologie transpersonnelle ». Le chaman est
souvent vu comme un spécialiste des états de conscience altérés, un être
capable d'être un intermédiaire entre le domaine transpersonnel des
esprits et des dieux et le monde des humains.
Il existe une grande variété d'approches aux thérapies holistiques,
dont certaines s'inspirent d'anciennes traditions culturelles, religieuses
ou ésotériques, d'autres des théories psychologiques élaborées à Esalen
dans les années 1960-70. Le Nouvel Âge fait publicité d'un large
éventail de pratiques telles que l'acuponcture, le biofeedback, la
chiropraxie, la kinésiologie, l'homéopathie, l'iridologie, les massages et
différentes sortes de techniques corporelles (comme l'ergonomie, le
Feldenkrais, la réflexologie, le Rolfing, le massage en polarité, le
toucher thérapeutique, etc.), la méditation et la visualisation, les
thérapies nutritionnelles, les traitements psychiques, différentes sortes
de médecine des plantes, la guérison par les cristaux, les métaux, la
musique ou les couleurs, les thérapies de la réincarnation et enfin les
programmes en douze étapes et les groupes de réalisation de
soi.25 Il est dit que c'est en nous-mêmes que se trouve la
source de la guérison, et que nous pouvons l'atteindre en nous mettant en
contact avec notre énergie intérieure ou énergie cosmique.
Dans la mesure où la bonne santé comporte un allongement de la vie, le
Nouvel Âge propose une formule orientale en termes occidentaux. À
l'origine, la réincarnation faisait partie de la pensée cyclique hindoue,
basée sur l'atman ou noyau divin de la personnalité (devenu plus
tard le concept de jiva), transmigrant d'un corps à l'autre dans un
cycle de souffrances (samsara), déterminé par la loi du
karma et lié au comportement dans les vies antérieures. L'espérance
réside dans la possibilité de renaître dans un meilleur état ou même
d'être finalement libéré de la nécessité de se réincarner. Dans la plupart
des traditions bouddhistes, ce n'est pas l'âme qui transmigre de corps en
corps, mais un continuum de conscience. La vie présente s'inscrit dans un
processus cosmique potentiellement infini qui inclut même les dieux. En
Occident, depuis l'époque de Lessing, la réincarnation est vue de façon
plus optimiste, comme un processus progressif d'apprentissage et
d'accomplissement individuel. Le spiritisme, la théosophie,
l'anthroposophie et le Nouvel Âge considèrent la réincarnation
comme une participation à l'évolution cosmique. Cette approche
post-chrétienne à l'eschatologie permettrait de répondre aux questions non
résolues de la théodicée et d'éliminer la notion d'enfer. Quand l'âme se
sépare du corps, on peut jeter un regard en arrière sur toutes ses vies
passées, et quand elle s'unit à un nouveau corps, on a un aperçu de la
nouvelle vie à venir. En outre, les individus peuvent avoir accès à leurs
vies antérieures à travers les rêves et les techniques de
méditation.26
2.2.4. « Totalité »: un voyage magique vers
l'inconnu
Une des préoccupations centrales du mouvement Nouvel Âge est la
recherche de la « totalité ». Il encourage à dépasser toute
forme de « dualisme », considérant ces divisions comme le
produit malsain d'un passé obscurantiste. Les divisions que, selon les
adeptes du Nouvel Âge, il faut surmonter, mettent en cause la
différence fondamentale entre Créateur et créé, la réelle distinction
entre homme et nature, entre esprit et matière, tous et toutes considérées
à tort comme des formes de dualisme. Ces tendances dualistes sont souvent
considérées comme découlant, en dernière analyse, des racines
judéo-chrétiennes de la civilisation occidentale alors qu'il serait plus
correct de les mettre en relation avec le gnosticisme, et surtout avec le
manichéisme. La révolution scientifique et le rationalisme moderne sont
critiqués en particulier pour leur tendance à la fragmentation: non
seulement ils traitent les ensembles organiques comme des mécanismes
réduits d'abord à leurs plus petits composants et expliqués ensuite dans
ces termes, mais ils tendent même à réduire l'esprit à la matière, à tel
point que la réalité spirituelle, y compris l'âme, n'est plus que «
l'épiphénomène » contingent d'un processus essentiellement matériel.
Dans tous ces domaines, les alternatives Nouvel Âge sont «
holistiques ». Le holisme imprègne tout le mouvement du Nouvel
Âge, de son intérêt pour les traitements holistiques à sa recherche
d'une approche unitive, sa conscience écologique, ou encore l'idée d'une
« mise en réseau » globale.
2.3. Les principes fondamentaux de la pensée Nouvel
Âge
2.3.1. Une réponse globale dans un temps de crise
« Tant la tradition chrétienne que la croyance séculière dans un
progrès illimité de la science ont connu une grave rupture, qui s'est
manifestée pour la première fois dans les révolutions estudiantines de
1968 ».27 La sagesse des générations précédentes s'est
trouvée brusquement privée de sa signification et du respect dont elle
jouissait tandis que la toute-puissance de la science se dissipait, en
sorte qu'aujourd'hui l'Église « doit faire face à une grave crise de
transmission de sa foi aux jeunes générations ».28 La
perte générale de confiance dans ces piliers traditionnels de la
conscience et de la cohésion sociale s'est accompagnée d'un retour
inattendu de la religiosité cosmique, de rites et croyances dont beaucoup
considéraient qu'ils avaient été supplantés par le christianisme. En
réalité, ce courant ésotérique souterrain n'a jamais entièrement disparu.
En revanche, l'intérêt pour les religions orientales qui s'est répandu à
partir de la fin du XIXe siècle sous l'influence du mouvement
théosophique est, dans le contexte occidental, une donnée nouvelle qui
« reflète la conscience croissante d'une spiritualité globale
incorporant toutes les traditions religieuses existantes
».29
L'éternelle question philosophique de l'un et du multiple se manifeste,
dans sa version moderne et contemporaine, par le besoin pressant de
surmonter toute division, voire même toute différence et distinction.
L'expression la plus commune en est le holisme, qui constitue à la fois un
élément essentiel du Nouvel Âge et un signe des temps dans le
dernier quart du XXe siècle. Une formidable quantité d'énergie
a été consacrée à la tentative de surmonter les cloisonnements propres à
l'idéologie mécaniste, au risque de devoir se soumettre à un réseau global
revêtant une autorité quasi transcendantale. Les conséquences les plus
évidentes en sont un processus de transformation conscient et le
développement de l'écologie.30 La nouvelle vision, qui est le
but de cette transformation consciente, a mis du temps à être formulée, et
son application est entravée par les formes de pensée plus anciennes qui,
dit-on, luttent pour maintenir le « statu quo ». L'écologie
comme fascination pour la nature et re-sacralisation de la Terre, la Terre
Mère ou Gaia, a connu un immense succès et s'est généralisée grâce
au zèle missionnaire propre aux politiques des Verts. La race humaine tout
entière doit devenir « l'administrateur » de la Terre, et seul
un gouvernement global peut assurer l'harmonie et la compréhension
nécessaires à une bonne gouvernance, dans un cadre éthique global. La
chaleur de la Terre Mère, dont la divinité s'étend à toute la création,
comble, dit-on, le fossé entre la création et le Dieu-Père transcendant du
judaïsme et du christianisme en écartant la perspective de devoir être
jugés par un tel Être.
Dans cette vision d'un univers clos, contenant « Dieu » et
d'autres êtres spirituels en plus de nous-mêmes, nous identifions un
panthéisme implicite. C'est là un point fondamental qui transparaît dans
toute la pensée et la pratique Nouvel Âge et qui conditionne
d'avance toute appréciation positive que l'on pourrait avoir pour l'un ou
l'autre des aspects de sa spiritualité. En tant que chrétiens, nous
croyons au contraire, que « l'homme est essentiellement créature et
qu'il reste tel pour l'éternité, de sorte qu'une absorption du moi humain
dans le moi divin ne sera jamais possible ».31
2.3.2. La matrice principale de la pensée Nouvel Âge
La matrice essentielle de la pensée Nouvel Âge réside dans la
tradition ésotérico-théosophique, une tradition qui était largement
répandue dans les cercles intellectuels européens au XVIIIe et
au XIXe siècle. On la retrouve en particulier dans la
franc-maçonnerie, le spiritisme, l'occultisme et la théosophie, qui
avaient en commun une sorte de culture ésotérique. Dans cette vision du
monde, les univers visible et invisible sont reliés entre eux par une
série de correspondances, analogies et influences, entre le microcosme et
le macrocosme, entre les métaux et les planètes, entre les planètes et
1Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre aux
évêques de l'Eglise
Catholique sur quelques aspects de la méditation
chrétienne (Orationis Formas), 1989, 14. Cf. Gaudium et Spes,
19; Fides et Ratio, 22.
les différentes parties du corps humain, entre le cosmos visible et les
règnes invisibles de la réalité. La Nature est un être vivant, parcouru
par des influx de sympathie et d'antipathie et animé par un feu secret que
les êtres humains cherchent à maîtriser. Les hommes peuvent entrer en
contact avec les mondes supérieurs ou inférieurs par l'imagination (un
organe de l'âme et de l'esprit), ou a travers des médiateurs (anges,
esprits, démons) ou des rituels.
Il est possible de s'initier aux mystères du cosmos, de Dieu et du moi
à travers un parcours spirituel de transformation. Mais le vrai but est
la gnose, la forme la plus haute du savoir, l'équivalent du salut,
qui demande une recherche des traditions les plus antiques et les plus
élevées de la philosophie (appelée de façon incorrecte philosophia
perennis) et de la religion (théologie primordiale), et une doctrine
secrète (ésotérique) contenant la clé de toutes les traditions «
exotériques » accessibles à tous. Les enseignements ésotériques sont
transmis de maître à disciple suivant un programme d'initiation
progressif.
Certains pensent que l'ésotérisme du XIXe siècle a été
entièrement sécularisé. L'alchimie, la magie, l'astrologie et les autres
branches de l'ésotérisme traditionnel ont été complétées par des éléments
de la culture moderne, tels que la recherche des lois de causalité,
l'évolutionnisme, la psychologie et l'étude des religions. Cette forme
d'ésotérisme a atteint sa forme la plus achevée dans la présentation qu'en
a fait Hélène Blavatsky, le médium russe qui, avec Henry Olcott, fonda
la Société théosophique en 1875 à New York. Cette société, qui
entendait fusionner des éléments des traditions orientale et occidentale
dans un type de spiritualisme évolutif, s'était donnée trois grands
objectifs:
1) « Former le noyau de la Fraternité Universelle de l'humanité,
sans distinction de race, religion, caste ou couleur.
2) « Promouvoir l'étude des religions comparées, de la
philosophie et de la science.
3) « Explorer les lois inexpliquées de la Nature et les pouvoirs
latents de l'homme.
« Le sens de ces objectifs... devrait être clair. Le premier est
un rejet implicite du 'fanatisme irrationnel' et du 'sectarisme' du
christianisme traditionnel, tel que le perçoivent les spirites et les
théosophes... Ce qui n'est pas immédiatement évident dans ces objectifs,
c'est que pour les théosophes la 'science' signifiait les sciences
occultes, et la philosophie l'occulta philosophia. Enfin, les lois
de la nature sont de nature occulte ou psychique et l'étude des religions
comparées est censée révéler la 'tradition primordiale', qui s'inspire en
définitive de la philosophia perennis hermétique ».32
Une des lignes de force des ouvrages de Mme Blavatsky était
l'émancipation de la femme, ce qui impliquait une attaque contre le Dieu
« mâle » du judaïsme, du christianisme et de l'islam. Elle
prônait un retour à la déesse mère de l'hindouisme et à la pratique des
vertus féminines. Ses idées furent reprises ensuite par Annie Besant, qui
était à l'avant-garde du mouvement féministe. Les mouvements Wicca et
« Women's spirituality » poursuivent aujourd'hui cette
bataille contre le christianisme « patriarcal ».
Marilyn Ferguson a consacré un chapitre de son livre Les enfants du
Verseau aux précurseurs de l'ère du Verseau, à ceux qui jetèrent les
bases d'une vision transformatrice fondée sur l'élargissement de la
conscience et l'expérience du dépassement de soi. Elle cite en particulier
le psychologue américain William James et le psychiatre suisse Carl Gustav
Jung. William James affirmait que la religion est une expérience, mais pas
un dogme, et il proclamait que les hommes peuvent modifier leur attitude
mentale au point de devenir les artisans de leur propre destin. Jung mit
l'accent sur le caractère transcendant de la conscience et introduisit la
notion d'inconscient collectif, une sorte de réservoir de symboles et de
souvenirs communs aux peuples de tous les temps et de toutes les cultures.
D'après Wouter Hanegraaff, ces deux auteurs ont contribué à la «
sacralisation de la psychologie », qui deviendra un élément
important de la pensée et de la pratique Nouvel Âge. En effet,
Jung, « n'a pas seulement psychologisé l'ésotérisme, mais il a aussi
sacralisé la psychologie en la chargeant des contenus de la spéculation
ésotérique. Il en a résulté un corps de théories qui permettent aux hommes
de parler de Dieu en désignant en fait leur propre psyché, et de leur
propre psyché désignant la divinité. Si la psyché est 'l'esprit' et si
Dieu est lui aussi 'esprit', parler de l'un équivaut à parler de
l'autre ».33 À l'accusation d'avoir «
psychologisé » le christianisme, il répondait que « la
psychologie est le mythe moderne, et ce n'est qu'à la lumière du mythe
contemporain que nous pouvons comprendre la foi ».34 Il
est certain que la psychologie de Jung éclaire maints aspects de la foi
chrétienne, et notamment la nécessité d'affronter la réalité du mal, mais
ses convictions religieuses varient tellement au cours des diverses
époques de sa vie, qu'il s'en dégage une image confuse de Dieu. Un élément
central de sa pensée est le culte du soleil, dans lequel Dieu est
l'énergie vitale (libido) de la personne.35 Comme il le dit
lui-même, « cette comparaison n'est pas qu'un simple jeu de
mots ».36 En réalité, Jung se réfère au « dieu
intérieur », cette divinité essentielle qu'il voyait dans tout être
humain. Le chemin du monde intérieur passe par l'inconscient. Et dans le
monde extérieur, ce qui correspond au monde intérieur est l'inconscient
collectif.
Cette tendance à confondre la psychologie et la spiritualité fut
reprise par le Mouvement de Développement du Potentiel Humain, qui s'est
développé à la fin des années 1960 à l'Institut Esalen, en Californie. La
psychologie transpersonnelle, fortement influencée par les religions
orientales et par Jung, propose un parcours contemplatif où la science et
le mysticisme se rencontrent. L'accent mis sur la corporéité, la recherche
de techniques d'élargissement de la conscience et l'intérêt porté aux
mythes de l'inconscient collectif étaient autant d'incitations à
rechercher le « Dieu intérieur » en soi. Pour réaliser son
potentiel, l'homme devait dépasser son ego et devenir le dieu qu'il
est au fin fond de lui-même. Pour cela, il fallait choisir la thérapie
appropriée: méditation, expériences parapsychologiques, recours aux
drogues hallucinogènes. Tous ces moyens devaient permettre de réaliser des
expériences « ultimes » ou « mystiques », de
fusion avec Dieu et avec le cosmos.
Le symbole du Verseau, emprunté à la mythologie astrologique, est
devenu le signe d'une aspiration à un monde radicalement nouveau. Deux
centres en particulier se sont fait les grands promoteurs du Nouvel Âge
à l'origine, et le sont encore aujourd'hui, dans une certaine mesure:
il s'agit de la communauté de Findhorn, au nord-est de l'Écosse, et le
Centre de Développement du Potentiel Humain de Big Sur, en Californie, aux
États-Unis. La diffusion du Nouvel Âge a été fortement alimentée
par le développement d'une conscience globale et par la crainte croissante
d'une crise écologique imminente.
2.3.3. Les grands thèmes du Nouvel Âge
Le Nouvel Âge n'est pas à proprement parler une religion, bien
qu'il s'intéresse à ce que l'on appelle « divin ». Il consiste
essentiellement dans une association informelle regroupant toutes sortes
d'activités, d'idées et d'individus pouvant répondre à cette appellation.
On n'y trouve donc pas de structure pouvant être comparée, même de loin,
aux doctrines des religions organisées. Mais malgré cela, et en dépit de
l'immense variété constatée au sein du Nouvel Âge, il est possible
de dégager quelques points communs:
– Le cosmos est un tout organique;
– Il est animé par une Énergie, qui est assimilée à l'âme ou l'esprit
de Dieu;
– On croit dans la médiation de diverses entités spirituelles: les
humains sont capables de s'élever jusqu'aux sphères supérieures de
l'invisible et de contrôler leur vie après la mort;
– On croit dans l'existence d'une « connaissance éternelle
», antérieure et supérieure à toutes les religions et cultures;
– Les individus suivent des maîtres illuminés...
2.3.4. Que dit le Nouvel Âge de...
2.3.4.1. ... la personne humaine?
Le Nouvel Âge croit fermement dans la perfectibilité de la
personne humaine au moyen d'un large éventail de techniques et de
thérapies (par opposition à la conception chrétienne de la coopération
avec la grâce divine). Il est généralement d'accord pour dire avec
Nietzsche que le christianisme a empêché la pleine manifestation de
l'humanité authentique. La perfection, dans cette optique, consiste dans
la réalisation de soi suivant un ordre de valeurs que nous créons
nous-mêmes et que nous accomplissons par nos propres forces. Aussi peut-on
parler d'un moi auto-créateur. De ce point de vue, il y a davantage
d'écart entre les hommes tels qu'ils sont aujourd'hui et tels qu'ils
seront quand ils auront pleinement réalisé leur potentiel, qu'il n'y en a
entre les hommes et les anthropoïdes.
Il est bon de bien distinguer l'ésotérisme, qui est une
recherche de la connaissance, de la magie ou occultisme, qui est un
outil pour obtenir des pouvoirs. Certains groupes sont à la fois
ésotériques et occultistes. Au cœur de l'occultisme, il y a une volonté de
puissance basée sur le rêve de devenir divin. Les techniques
d'élargissement de la conscience sont destinées à révéler aux hommes leur
pouvoir divin, qui leur permettra d'ouvrir la voie à l'ère de
l'Illumination. Une des formes extrêmes de cette exaltation de l'humanité
qui invertit le juste rapport entre Créateur et créature est le satanisme.
Satan devient le symbole d'une rébellion contre les conventions et les
règles, un symbole qui prend souvent des formes agressives, égoïstes et
violentes. Certains groupes protestants ont manifesté leur inquiétude
devant la présence subliminale de ce qu'ils considèrent comme un
symbolisme satanique dans certaines variétés de musique rock, qui ont une
grande influence sur les jeunes. On est bien loin du message de paix et
d'harmonie du Nouveau Testament! C'est là une des conséquences de
l'exaltation de l'homme, quand celle-ci en vient à nier l'existence d'un
Dieu transcendant.
Ce phénomène ne touche pas seulement les jeunes. Les thèmes
fondamentaux de la culture ésotérique sont également présents dans les
domaines de la politique, de l'éducation et de la
législation.37 C'est le cas en particulier de
l'écologie. En mettant fortement l'accent sur le bio-centrisme,
l'écologie radicale finit par rejeter la vision anthropologique de la
Bible dans laquelle les hommes sont au centre du monde parce que
qualitativement supérieurs aux autres formes naturelles. C'est une
tendance très marquée aujourd'hui dans la législation et dans l'éducation,
même si elle rabaisse l'humanité. Cette même matrice culturelle ésotérique
apparaît dans les théories qui sont à la base des politiques de contrôle
des naissances et des expérimentations de génie génétique, et qui semblent
exprimer le rêve des hommes de se créer à nouveau. Comment espèrent- on y
parvenir? En déchiffrant le code génétique, en altérant les lois
naturelles de la sexualité, en défiant les limites de la mort.
Dans ce qui peut être considéré comme une présentation classique du
Nouvel Âge, les individus naissent avec une étincelle divine,
concept qui est une réminiscence du gnosticisme ancien. Ce fait les relie
à l'unité du Tout. Ils sont donc vus, essentiellement, comme des êtres
divins, bien qu'ils participent de cette divinité cosmique à des niveaux
de conscience différents. Nous sommes co-créateurs et nous créons notre
propre réalité. Certains auteurs Nouvel Âge soutiennent que nous
choisissons les circonstances de notre vie (et même notre état de santé,
bon ou mauvais), dans une vision où chaque individu est considéré comme la
source créatrice de l'univers. Mais nous devons faire un voyage pour
découvrir notre place exacte dans l'unité du cosmos. Ce voyage est la
psychothérapie, et le salut est la reconnaissance de la conscience
universelle. Il n'y a pas de péché: il n'y a qu'une connaissance
imparfaite. L'identité de chaque être humain est diluée dans l'être
universel et dans la série des incarnations successives. Les individus
sont soumis à l'influence déterminante des astres, mais peuvent s'ouvrir à
la divinité qui vit en eux à travers la recherche constante (à l'aide des
techniques appropriées) d'une plus grande harmonie entre le moi et
l'énergie cosmique divine. Point n'est besoin de Révélation ou de Salut
venu de l'extérieur: il suffit de faire l'expérience du salut présent au
fond de soi-même (auto-rédemption), grâce à la maîtrise des techniques
psychophysiques menant à l'illumination définitive.
Certaines étapes de ce parcours d'auto-rédemption sont préparatoires
(méditation, bien-être corporel, émanation d'énergies d'auto-
guérison). Elles représentent le point de départ de processus de
spiritualisation, de perfectionnement et d'illumination qui contribue à
améliorer la maîtrise de soi et la concentration psychique sur la «
transformation » du moi individuel en « conscience
cosmique ». La personne humaine est destinée à connaître une série
de réincarnations dans lesquelles son âme passera d'un corps à un autre.
Il ne s'agit pas ici du cycle du samsara au sens d'une purification
comme châtiment, mais d'une montée progressive vers le développement
parfait de son potentiel.
On fait appel à la psychologie pour expliquer l'élargissement de la
conscience comme expérience « mystique ». Le yoga, le zen, la
méditation transcendantale et les exercices tantriques mènent à
l'expérience de la pleine réalisation de soi ou illumination. Les
expériences extraordinaires (le rebirthing qui consiste à revivre
sa propre naissance, les voyages aux portes de la mort, le
biofeedback, la danse et même les drogues, tout ce qui peut produire
une altération de l'état de conscience) mènent à la conscience de l'unité
et à l'illumination. Comme il y a un seul Esprit, certaines personnes
peuvent servir de canal pour approcher les êtres supérieurs. Chaque
partie de cet unique être universel est reliée à toutes les autres
parties. L'approche classique au Nouvel Âge est celle de la
psychologie transpersonnelle, dont les principaux concepts sont l'Esprit
universel, le moi supérieur, l'inconscient collectif ou personnel et l'ego
individuel. Le moi supérieur, qui est notre véritable identité, jette un
pont entre Dieu comme intelligence divine et l'humanité. Le développement
spirituel est ce contact avec le moi supérieur qui permet de dépasser
toute forme de dualisme entre sujet et objet, vie et mort, psyché et soma,
moi et aspects fragmentaires du moi. Notre personnalité limitée est comme
une ombre ou un rêve projeté par le moi authentique. Le moi supérieur
contient le souvenir des (ré)incarnations précédentes.
2.3.4.2. ...Dieu?
Le Nouvel Âge a une préférence marquée pour les religions
orientales ou pré-chrétiennes, considérant qu'elles n'ont pas été touchées
par les distorsions judéo-chrétiennes. D'où son intérêt pour les antiques
rites agricoles et les cultes de la fécondité. « Gaia », la
Terre Mère, est présentée comme une alternative à Dieu le Père, dont
l'image est trop entachée d'une conception patriarcale de domination de
l'homme sur la femme. S'il est question de Dieu, ce n'est jamais un Dieu
personnel. Le Dieu dont parle le Nouvel Âge n'est ni personnel, ni
transcendant. Ce n'est ni le Créateur, ni le sustentateur aimant de
l'univers, mais une « énergie impersonnelle » immanente au
monde, avec lequel elle forme une « unité cosmique »: «
Tout est un ». Cette unité est moniste, panthéiste, ou plus
exactement panenthéiste. Dieu est le « principe de vie »,
« l'esprit ou âme du monde », la somme totale de la conscience
existant dans l'univers. En un certain sens, tout est Dieu. Et comme la
présence de Dieu se manifeste surtout dans les aspects spirituels de la
réalité, on peut dire, d'une certaine façon, que tout esprit est Dieu.
Quand les personnes humaines la reçoivent consciemment, «
l'énergie divine » est souvent qualifiée aussi d' « énergie
christique ». Mais le Christ dont il est question n'est pas Jésus de
Nazareth. Le titre de « Christ » est donné à tout homme qui
atteint un état de conscience dans lequel il perçoit sa propre divinité et
peut donc se considérer comme un « Maître universel ». Jésus
de Nazareth n'était pas le Christ, mais seulement un des nombreux
personnages historiques en qui cette nature « christique »
s'est révélée, comme Bouddha et d'autres encore. Toute manifestation
historique du Christ montre clairement que les êtres humains sont
tous célestes et divins, et les mène à cette compréhension.
Le niveau le plus intérieur et personnel (« psychique »)
auquel les être humains « perçoivent » cette « énergie
cosmique divine » est aussi appelé « Esprit Saint ».
2.3.4.3. ...le monde?
L'abandon du modèle mécaniste de la physique classique au profit du
modèle « holistique » de la physique atomique et subatomique
moderne, basée sur le concept de matière comme ondes ou énergie plutôt que
comme particules, a joué un rôle déterminant dans la pensée Nouvel
Âge. L'univers est un océan d'énergie, vu comme un tout unique ou un
réseau de relations. L'énergie qui anime cet organisme unique est «
l'esprit ». Il n'y a pas d'altérité entre Dieu et le monde. Le
monde, qui est lui-même divin, suit un processus évolutif allant de la
matière inerte à la « conscience supérieure et parfaite ». Le
monde est incréé, éternel et autosuffisant. Le futur du monde dépend d'une
dynamique interne qui est nécessairement positive, et qui mène à l'unité
divine (réconciliée) de tout ce qui existe. Dieu et le monde, l'âme et le
corps, l'intelligence et le sentiment, le ciel et la terre forment une
seule immense vibration d'énergie.
James Lovelock, dans son ouvrage sur l'Hypothèse Gaia, dit que «
tout le spectre du vivant sur la Terre, des baleines aux virus et des
chênes aux algues, peut être considéré comme formant une entité vivante
unique, capable de manipuler l'atmosphère terrestre pour subvenir à ses
besoins généraux et dotée de facultés et de pouvoirs bien supérieurs à
ceux des parties qui la composent ».38 Pour certains,
l'hypothèse Gaia est « une étrange synthèse d'individualisme et de
collectivisme. Tout se passe comme si le Nouvel Âge, après avoir
séparé les individus au moyen de politiques sectorielles, avait hâte de
les jeter dans le grand chaudron de la pensée globale ». Le cerveau
global a besoin d'institutions pour pouvoir gouverner, autrement dit, il a
besoin d'un gouvernement mondial. « Pour traiter les problèmes
actuels, le Nouvel Âge rêve d'une aristocratie spirituelle
s'inspirant de la République de Platon, dirigée par des sociétés
secrètes... ».39 Cette façon de voir les choses est
peut-être excessive, mais différents signes montrent que l'élitisme
gnostique coïncide avec la gouvernance globale dans maintes questions de
politique internationale.
Tout dans l'univers est relié. En soi, chaque partie est une image de
la totalité. Le tout est dans chaque chose, et chaque chose est dans le
tout. Dans la « grande chaîne des êtres », tous les êtres sont
intimement liés, ne formant qu'une seule famille avec différents degrés
d'évolution. Chaque homme est un hologramme, une image de la
création tout entière, dont chaque élément vibre à sa propre fréquence.
L'homme est un neurone du système nerveux central de la Terre, et toutes
les entités individuelles ont entre elles une relation de complémentarité.
En fait, il existe une complémentarité interne, ou androgynie, dans toute
la création.40
Un des thèmes récurrents, dans les écrits et la pensée Nouvel
Âge, est le « nouveau paradigme » introduit par la science
contemporaine. « La science nous a donné un aperçu des ensembles et
des systèmes, des forces à l'œuvre et des transformations. Nous apprenons
à distinguer les tendances, à déceler les signes avant-coureurs d'un
paradigme nouveau et plus prometteur. Nous créons des scénarios
alternatifs du futur. Ayant constaté l'échec des anciens systèmes, nous
imposons de nouvelles grilles de lecture pour traiter les problèmes dans
tous les domaines ».41 Jusqu'à présent, ce «
changement de paradigme » a été un changement de perspective
radical, mais rien d'autre. Toute la question est de savoir si le
changement sera effectivement à la hauteur de la pensée, et dans quelle
mesure la transformation intérieure peut influer sur le monde extérieur.
On est bien obligé de se demander, même sans l'intention de porter un
jugement négatif, jusqu'à quel point une théorie peut être scientifique
lorsqu'elle comporte des affirmations comme celle-ci: « La guerre
est impensable dans une société d'individus indépendants qui ont découvert
que l'humanité tout entière est interdépendante, qui n'ont pas peur des
idées et des cultures différentes, et qui savent que toutes les
révolutions commencent en soi-même et qu'on ne peut pas imposer aux autres
sa propre marque d'illumination ».42 Il n'est pas logique
de soutenir que parce qu'une chose est impensable, elle ne peut pas se
produire. Un tel raisonnement est proprement gnostique, en ce sens qu'il
donne trop d'importance à la connaissance et à la conscience. Il ne s'agit
pas ici de contester le rôle fondamental et déterminant du développement
de la conscience dans les découvertes scientifiques, mais seulement de
mettre en garde contre la tendance à projeter sur la réalité externe ce
qui n'est encore que du domaine de la pensée.
2.4. « Hôtes de l'histoire ou du mythe
»43?:
Nouvel Âge et culture
« Au fond, l'attrait pour le Nouvel Âge est lié à la
fascination pour le moi, sa valeur, ses capacités et ses problèmes, une
fascination encouragée par la culture ambiante. Car si la religiosité
traditionnelle, avec son organisation hiérarchique, favorise la
communauté, la spiritualité détachée de la tradition favorise
l'individualité. Le Nouvel Âge est 'du' moi, par le fait qu'il
encourage la célébration de ce qui doit être et advenir; et 'pour' le moi,
parce qu'en prenant ses distances par rapport à la culture ambiante, il
est bien placé pour traiter les problèmes d'identité liés aux modes de vie
conventionnels ».44
Le rejet de la tradition sous la forme des organisations patriarcales,
hiérarchiques, sociales ou ecclésiales, débouche sur la recherche d'une
autre forme de société, qui s'inspire clairement de la conception moderne
du moi. Beaucoup de textes Nouvel Âge soutiennent qu'on ne peut
rien faire (directement) pour changer le monde, mais qu'on peut tout faire
pour se changer soi-même. Changer la conscience individuelle est considéré
comme une façon (indirecte) de changer le monde. Le principal outil du
changement social est l'exemple personnel. La reconnaissance de l'exemple
personnel au niveau mondial aboutira rapidement à une transformation de
l'âme collective qui sera la caractéristique majeure de notre temps. Cela
fait évidemment partie du paradigme holistique, mais c'est aussi une façon
de réaffirmer la question philosophique classique de l'un et du multiple.
On y décèle en outre l'influence de la théorie des correspondances telle
qu'elle a été exposée par Jung, et de son rejet de la causalité. Les
individus sont des représentations fragmentaires de l'hologramme
planétaire. En regardant à l'intérieur de soi, non seulement on
connaît l'univers, mais on le change. Mais plus on regarde en
soi-même, plus les enjeux politiques tendent à s'estomper. Est-ce
réellement conciliable avec la rhétorique de participation démocratique à
un nouvel ordre planétaire, ou est-ce une façon déguisée et inconsciente
de priver les individus de leurs droits, au risque de les laisser sans
défense face aux manipulations? Le souci actuel pour les problèmes
planétaires (protection de l'environnement, épuisement des ressources
naturelles, surpeuplement, fossé économique entre Nord et Sud, gigantesque
arsenal nucléaire et instabilité politique) favorise-t-il l'engagement en
faveur des autres questions politiques et sociales, qui sont tout aussi
réelles, ou l'entrave-t-il? Le vieil adage selon lequel « charité
bien ordonnée commence par soi-même » peut constituer un juste
contrepoids à une approche trop égocentrique à ces questions. Certains
observateurs du Nouvel Âge voient un risque d'autoritarisme
derrière l'apparente indifférence pour la politique. David Spangler
lui-même met en garde contre ce danger du Nouvel Âge qu'est «
l'abandon insidieux à l'inaction et à l'irresponsabilité dans l'attente de
la venue du Nouvel Âge, au lieu d'être les créateurs actifs d'une
vie vécue pleinement ».45
Sans aller jusqu'à dire que le quiétisme est omniprésent dans les
attitudes Nouvel Âge, on peut cependant craindre que la recherche
privée de réalisation de soi propre au mouvement du Nouvel Âge
n'aille à l'encontre d'une culture religieuse authentique. À ce propos,
trois points doivent être mis en évidence:
– On peut se demander si le Nouvel Âge fait preuve de
cohérence intellectuelle lorsqu'il présente un tableau complet de
l'univers, dans une vision du monde qui intégrerait à la fois la nature et
la réalité spirituelle. Dans cette optique, le monde occidental est un
monde divisé, basé sur le monothéisme, la transcendance, l'altérité et la
séparation. Un dualisme fondamental se profile dans les distinctions entre
réel et idéal, entre relatif et absolu, entre fini et infini, entre humain
et divin, entre sacré et profane, entre passé et présent, qui renvoient
toutes à la « conscience inquiète » de Hegel et sont vues
comme une tragédie. Le Nouvel Âge leur oppose l'unité par la
fusion, qui permet de réconcilier l'âme et le corps, le féminin et le
masculin, l'esprit et la matière, l'humain et le divin, la terre et
l'univers, le transcendant et l'immanent, la religion et la science, les
différences entre les religions, le yin et le yang. Dans ce cas, il n'y a
plus d'altérité. Ce qui reste, en termes humains, est le transpersonnel.
Le monde du Nouvel Âge est un monde sans problème, où il n'y a plus
rien à réaliser. Mais la question métaphysique de l'un et du multiple
n'est ni résolue, ni même peut-être posée, puisqu'à part ses profonds
regrets devant les effets de la désunion et de la division, sa seule
réponse est une description de la façon dont les choses apparaîtraient
dans une autre vision.
– Le Nouvel Âge emprunte ici et là certains éléments des
pratiques religieuses orientales et les réinterprète pour les adapter
aux Occidentaux. Cela se traduit par un rejet des notions de péché et
de salut, remplacées par celles moralement neutres de dépendance et de
libération. Ces références aux influences asiatiques ne sont souvent
qu'une simple « pseudo-orientalisation » de la culture
occidentale. En outre, il ne s'agit presque jamais d'un dialogue
véritable. Dans un contexte où les influences gréco-romaines et
judéo-chrétiennes sont suspectes, les influences orientales représentent
une alternative à la culture occidentale. La science et la médecine
officielle sont jugées inférieures aux approches holistiques, de même que
les structures patriarcales et particulières dans le domaine politique et
religieux, considérées comme des obstacles à l'avènement de l'ère du
Verseau. Encore une fois, il apparaît clairement que le choix des
alternatives Nouvel Âge implique une rupture totale avec la
tradition d'appartenance. Est-ce vraiment une attitude aussi mure et
libérée qu'on ne le croit?
– Les traditions religieuses authentiques encouragent la discipline
dans le but d'atteindre la sagesse, l'équanimité et la compassion.
Le Nouvel Âge se fait l'écho de l'aspiration profonde et
indéracinable de la société à une culture religieuse intégrale et à un
idéal plus cohérent et plus éclairé que ce qu'offrent généralement les
hommes politiques, mais on ne voit pas bien en quoi une vision fondée sur
l'expansion continue du moi peut profiter aux individus ou à la société.
Les cours de formation Nouvel Âge (tels le « Erhard
Seminar Trainings » [EST], etc.) allient les valeurs de la
contre-culture au désir de réussir propre à la culture ambiante, la
satisfaction intérieure au succès extérieur. Les séminaires «
Spirit of Business » de Findhorn visent à transformer
l'expérience du travail, tout en augmentant la productivité. Certains
adeptes du Nouvel Âge s'emploient non seulement à devenir plus
authentiques et spontanés, mais aussi plus riches (à l'aide de la magie,
etc.). « Ce qui rend les choses encore plus attrayantes pour les
hommes d'affaires soucieux de la compétitivité de leur entreprise, c'est
que les formations Nouvel Âge semblent promouvoir des idées plus
humanistes dans le monde des affaires. Le lieu de travail y est présenté
comme un 'milieu d'apprentissage', où il faut 'insuffler la vie dans le
travail' et 'humaniser le travail'. Il y est question de 'réalisation du
manager', de 'priorité aux personnes' ou de 'débloquer le potentiel'.
Présentées par des formateurs Nouvel Âge, ces idées sont faites
pour séduire les hommes et les femmes d'affaires qui ont déjà suivi des
formations plus terre-à-terre et qui souhaitent approfondir le sujet, avec
le double objectif de contribuer à leur réussite personnelle, à leur
bien-être et à leur joie de vivre, et d'accroître la productivité
commerciale ».46 S'il est évident que les personnes qui
suivent ces formations cherchent réellement la sagesse et l'équilibre
intérieur pour leur propre bénéfice, on peut par contre se demander si les
activités dans lesquelles elles sont engagées contribuent au bien commun.
Au-delà des motivations avancées, tous ces phénomènes doivent être jugés
en fonction de leurs résultats, et toute la question est de savoir s'ils
promeuvent le moi ou la solidarité, et cela non seulement
avec les baleines, les arbres ou ceux qui partagent les mêmes idées, mais
avec toute la création, et donc aussi avec l'humanité tout entière. Car
comme le dit le cardinal Joseph Ratzinger, le risque le plus insidieux de
toute philosophie de l'égoïsme, lorsqu'elle est adoptée par les
institutions ou par un grand nombre de personnes, est qu'elle se traduise
par un ensemble de « stratégies destinées à réduire le nombre de
ceux qui mangeront à la table de l'humanité ».47 Tel est
le critère fondamental pour mesurer l'impact de toute philosophie ou
théorie. Le christianisme cherche toujours à évaluer les tentatives
humaines d'après leur ouverture au Créateur et à toutes les autres
créatures, avec un respect fermement ancré dans l'amour.
2.5. Pourquoi le Nouvel Âge s'est-il répandu si vite et si
facilement?
Au-delà des questions et des critiques qu'il peut susciter, le
Nouvel Âge est une tentative pour apporter un peu de chaleur dans un
monde dur et impitoyable. En réaction contre la modernité, il agit avant
tout au niveau des sentiments, des instincts et des émotions. L'anxiété
face à un futur apocalyptique fait d'instabilité économique, d'incertitude
politique et de changements climatiques joue un rôle important en poussant
les individus à établir un rapport différent, résolument optimiste, avec
le cosmos. Il y a là une recherche de plénitude et de bonheur, souvent à
un niveau expressément spirituel. Ce n'est pas un hasard si le Nouvel
Âge a eu un tel succès à une époque marquée par l'exaltation quasi
universelle de la diversité. La culture occidentale est allée trop
loin dans la tolérance, au sens d'une acceptation passive ou résignée des
idiosyncrasies des individus ou des groupes minoritaires, ce qui a
entraîné une érosion du respect pour la normalité, considérée comme un
concept chargé d'une valence morale et nécessairement lié à des normes
absolues. Pour un nombre croissant de personnes, les croyances et les
normes absolues trahissent l'incapacité d'accepter le point de vue et les
convictions d'autrui. Dans une telle atmosphère, les styles de vie et les
systèmes alternatifs ont connu un véritable boom: il est désormais non
seulement admis, mais recommandé d'être différent.48
Il faut toujours bien garder à l'esprit que les individus adhèrent
au Nouvel Âge de différentes manières et à différents niveaux. Dans
la plupart des cas, il n'y pas une véritable « appartenance »
à un groupe ou à un mouvement, ni un intérêt particulier pour les
principes qui se trouvent à la base du Nouvel Âge. Bien souvent,
ils sont attirés par les thérapies ou par certaines pratiques sans se
poser de questions sur leurs fondements, ou sont de simples consommateurs
occasionnels de produits portant l'étiquette « Nouvel Âge
». Ceux qui ont recours à l'aromathérapie ou qui écoutent de la
musique Nouvel Âge, par exemple, s'intéressent surtout aux effets
que cela peut avoir sur leur santé ou leur bien-être. Seule une minorité
d'entre eux tentent d'approfondir la question et d'en saisir les
implications théoriques (ou « mystiques »). Cela s'accorde
d'ailleurs parfaitement avec les modèles de consommation propres aux
sociétés où le divertissement et les loisirs ont une telle importance. Le
« mouvement » s'est parfaitement adapté aux règles du marché,
et sa diffusion est due en partie grâce à ses propositions si
intéressantes du point de vue économique. Dans certaines cultures, le
Nouvel Âge est même considéré comme un produit conçu en appliquant
les principes du marketing à un phénomène religieux.49 Il y
aura toujours moyen de tirer profit des besoins spirituels des gens. Comme
beaucoup d'éléments de l'économie contemporaine, le Nouvel Âge est
un phénomène global entretenu et alimenté par les informations des moyens
de communication sociale. On peut discuter sur le point de savoir si cette
communauté globale a été créée par les moyens de communication, mais ce
qui est certain, c'est que les publications destinées au grand public et
les communications de masse ont assuré une diffusion rapide et quasiment
universelle des notions communes promues par les adeptes et les
sympathisants du Nouvel Âge. Cependant, on ne peut affirmer avec
certitude ni que cette diffusion rapide des idées est fortuite, ni qu'elle
est délibérée, car nous avons affaire à une forme de «
communauté » très peu structurée. Comme les cybercommunautés créées
par l'Internet, c'est un domaine où les rapports individuels sont soit
très impersonnels, soit interpersonnels, mais dans un sens très sélectif.
Le Nouvel Âge est devenu extrêmement populaire comme ensemble
fluide de croyances, thérapies et pratiques souvent choisies et combinées
à volonté, sans souci des incompatibilités ou incohérences que cela peut
entraîner. Cela n'a d'ailleurs pas de quoi surprendre, s'agissant d'une
vision du monde qui privilégie délibérément la pensée intuitive de
l'hémisphère droit du cerveau. C'est pourquoi il est très important de
bien cerner les principales caractéristiques des idées Nouvel Âge.
Ce qu'il propose est souvent défini comme étant simplement «
spirituel » plutôt que comme appartenant à une religion déterminée,
mais en réalité les liens avec les religions orientales sont beaucoup plus
étroits que ne l'imaginent la plupart de ses « consommateurs
». C'est certainement un point important à considérer dans le choix des
groupes « de prière », mais c'est aussi un problème sérieux
dans la gestion d'un nombre croissant d'entreprises dont les employés sont
invités à pratiquer la méditation et à adopter des techniques
d'élargissement de la conscience dans le cadre de leur activité
professionnelle.50
Pour finir, il convient de traiter brièvement la question très complexe
de la promotion concertée du Nouvel Âge comme idéologie. Certains
groupes ont réagi au Nouvel Âge en lançant des accusations de
conspiration, mais on leur a répondu qu'il s'agit plutôt d'un changement
culturel spontané dont le cours est en grande partie déterminé par des
influences échappant à tout contrôle humain. Il suffit de souligner que
le Nouvel Âge partage avec un certain nombre de groupes influents
au plan international l'objectif de supplanter ou de dépasser les
religions particulières pour faire place à une religion universelle
capable d'unifier l'humanité. Dans cette même perspective, il faut
signaler l'effort très concerté, de la part de certaines institutions,
pour formuler une éthique globale, un cadre éthique qui reflèterait
la nature globale de la culture, de l'économie et de la politique
contemporaines. Par ailleurs, la politisation des questions écologiques
donne incontestablement une coloration particulière à l'hypothèse Gaia, ou
culte de la Terre Mère.
3
NOUVEL ÂGE
ET SPIRITUALITÉ
CHRÉTIENNE
3.1. Le Nouvel Âge comme spiritualité
Le Nouvel Âge est souvent défini par ses promoteurs
comme une « nouvelle spiritualité ». L'emploi du terme «
nouveau » ici pourrait sembler paradoxal, sachant que tant d'idées
Nouvel Âge sont empruntées aux religions et aux cultures antiques.
Ce qu'il y a de vraiment nouveau dans le Nouvel Âge, c'est la
recherche consciente d'une alternative à la culture occidentale et à ses
racines religieuses judéo-chrétiennes. La « spiritualité »
indique ici cette expérience intérieure d'harmonie et d'unité avec
l'ensemble de la réalité qui éloigne le sentiment de l'imperfection et de
la finitude humaine. L'individu se découvre un lien profond avec la force
ou énergie sacrée universelle présente au cœur de toute vie. Ayant fait
cette découverte, il peut entreprendre un chemin de perfection qui lui
permettra de décider de sa vie personnelle et de son rapport au monde, et
d'occuper sa place dans le processus universel du devenir et dans la
Nouvelle Genèse d'un monde en perpétuelle évolution. Il en résulte un
mysticisme cosmique,51 découlant de la prise de conscience
d'un univers bourgeonnant d'énergies dynamiques. Ainsi l'énergie cosmique,
la vibration, la lumière, Dieu, l'amour, et même le moi supérieur, tout
peut être ramené à une seule et même réalité, la source primordiale
présente dans chaque être.
Cette spiritualité consiste en deux éléments distincts, l'un
métaphysique et l'autre psychologique. La composante métaphysique,
qui vient des racines ésotériques et théosophiques du Nouvel Âge,
est en réalité une nouvelle forme de gnose. L'accès au divin passe par la
connaissance des mystères cachés, au moyen d'une recherche individuelle
« du réel derrière ce qui n'est que simple apparence, de l'origine
au-delà du temps, du transcendant derrière ce qui paraît passager, de la
tradition originaire derrière la tradition éphémère, de l'autre derrière
le moi, de la divinité cosmique au-delà de l'individu incarné ». La
spiritualité ésotérique « est une recherche de l'Être derrière la
séparation des êtres, une sorte de nostalgie de l'unité perdue
».52
« On reconnaît ici la matrice gnostique de la
spiritualité ésotérique, qui apparaît de façon évidente quand les enfants
du Verseau cherchent l'unité transcendante des religions. Des religions
historiques, ils ont tendance à ne prendre que leur noyau ésotérique, dont
ils se proclament les gardiens. D'une certaine façon, ils nient l'histoire
et n'admettent pas que la spiritualité puisse prendre racine dans le temps
ou dans une institution quelconque. Jésus de Nazareth n'est pas Dieu, mais
l'une des nombreuses manifestations historiques du Christ universel et
cosmique ».53
La composante psychologique de ce type de
spiritualité naît de la rencontre entre culture ésotérique et psychologie
(cf. 2.32). Le Nouvel Âge devient alors une expérience de
transformation psycho-spirituelle individuelle, considérée comme analogue
à l'expérience religieuse. Pour certaines personnes, cette transformation
prend la forme d'une expérience mystique intense à la suite d'une crise
personnelle ou au terme d'une longue recherche spirituelle. Pour d'autres,
elle découle de la pratique de la méditation, d'une thérapie, ou encore
d'expériences paranormales qui, en altérant l'état de conscience,
permettent d'avoir un aperçu de l'unité de la réalité.54
3.2. Un narcissisme spirituel?
Divers auteurs considèrent la spiritualité Nouvel Âge
comme une forme de narcissisme spirituel ou de pseudo-mysticisme. Il est
intéressant de noter que cette critique a même été formulée par David
Spangler, un membre reconnu du Nouvel Âge qui, dans ses derniers
ouvrages, a pris ses distances vis-à-vis des aspects les plus ésotériques
de ce courant de pensée.
Il dit notamment que, dans les formes les plus courantes
du Nouvel Âge, « les individus et les groupes se livrent à
leurs rêves d'aventures et de pouvoir, généralement sous une forme occulte
ou millénariste... Ils se distinguent par leur attachement à un monde
intérieur centré sur la réalisation de soi, qui se traduit (quoique d'une
façon souvent insidieuse) par un retrait du monde. À ce niveau, le
Nouvel Âge est peuplé d'êtres étranges et exotiques, maîtres,
adeptes, extraterrestres. C'est un lieu de pouvoirs psychiques et de
mystères occultes, de conspirations et d'enseignements cachés
».55
Dans un ouvrage postérieur, David Spangler énumère ce qu'il
considère comme les aspects négatifs ou « ombres » du
Nouvel Âge: « aliénation du passé au nom de l'avenir;
attachement à la nouveauté pour elle-même...; manque de discrimination et
de discernement au nom de l'intégrité et de la communion, d'où
l'incapacité de comprendre et de respecter le rôle des limites...;
confusion entre phénomènes psychiques et sagesse, entre channeling
et spiritualité, entre perspective Nouvel Âge et vérités
dernières ».56 Pourtant, Spangler est convaincu que cet
égoïste et ce narcissisme irrationnel ne concernent qu'un petit nombre
d'adhérents. Les aspects positifs qu'il met en lumière sont la fonction
du Nouvel Âge comme image du changement et incarnation du sacré, et
le fait que la plupart des membres sont « de très sérieux chercheurs
de la vérité » au service de la vie et de l'évolution
spirituelle.
L'aspect commercial de beaucoup de produits et de thérapies
portant l'étiquette New-Agers est mis en évidence par David Toolan,
un jésuite américain qui a fréquenté pendant plusieurs années les
milieux Nouvel Âge. Il observe que les Nouvel Âgers ont
découvert la vie intérieure, qu'ils sont fascinés par la perspective
d'être responsables du monde, mais que par ailleurs ils tombent facilement
dans l'individualisme et tendent à tout voir comme un objet de
consommation. De ce point de vue, si la spiritualité Nouvel Âge
n'est pas chrétienne, elle n'est pas non plus bouddhiste, dans la mesure
où elle ne prône pas le renoncement. Le rêve d'union mystique semble
aboutir, dans les faits, à une union purement virtuelle qui finit par
laisser les individus encore plus insatisfaits et plus seuls.
3.3. Le Christ cosmique
Aux premiers temps du christianisme, les croyants en Jésus-
Christ furent contraints d'affronter les religions gnostiques. Loin de les
ignorer, ils relevèrent le défi en appliquant à Jésus-Christ les termes
employés pour s'adresser aux divinités cosmiques. Le meilleur exemple en
est le fameux hymne au Christ de l'Épître de saint Paul aux
Colossiens:
“Il est l'image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature,
car
c'est en lui qu'ont été créées toutes choses,
dans les cieux et sur la
terre,
les visibles et les invisibles,
Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances
tout a été
créé par lui et pour lui
Il est avant toute chose et toute chose
subsiste en lui.
Et il est aussi la Tête du Corps, c'est-à-dire de
l'Église:
Il est le Principe, Premier-Né d'entre les morts,
il
fallait qu'il obtint en tout la primauté
car Dieu s'est plu à faire
habiter en lui toute la Plénitude
et par lui à réconcilier tous les
êtres pour lui,
aussi bien sur la terre que dans les cieux,
en
faisant la paix par le sang de sa croix” (Col 1, 15-20).
Ces premiers chrétiens n'attendaient pas une nouvelle ère
cosmique. Par cet hymne, ils célébraient l'accomplissement de toute chose
qui avait commencé en Jésus-Christ. « En réalité, le temps s'est
accompli par le fait même que Dieu, par l'Incarnation, s'est introduit
dans l'histoire de l'homme. L'éternité est entrée dans le temps; peut-il y
avoir un 'accomplissement' plus grand que celui-là? Peut-il même y avoir
un autre 'accomplissement' »? 57 La croyance gnostique
dans les forces cosmiques et dans un destin plutôt nébuleux nie la
possibilité d'un rapport avec le Dieu personnel révélé en Jésus-Christ.
Pour les chrétiens, le vrai Christ cosmique est celui qui est activement
présent dans les divers membres de son corps qu'est l'Église. Ils ne
s'adressent pas à des forces cosmiques impersonnelles, mais à la
sollicitude aimante d'un Dieu personnel. Pour eux, le biocentrisme
doit être transposé dans une série de rapports sociaux (dans
l'Église). Et loin d'être prisonniers d'un modèle cyclique d'événements
cosmiques, ils se concentrent sur le Jésus historique et en
particulier sur sa crucifixion et sa résurrection. Nous trouvons dans la
lettre aux Colossiens et dans le Nouveau Testament une doctrine différente
de celle implicitement présente dans la pensée Nouvel Âge: la
conception chrétienne de Dieu est celle d'une Trinité de Personnes qui a
créé la race humaine avec le désir de partager la communion de vie
trinitaire avec des créatures humaines. Bien compris, cela signifie qu'une
véritable spiritualité n'est pas notre quête de Dieu mais
Dieu qui nous recherche.
Dans les cercles Nouvel Âge circule aussi une
conception bien différente de la signification cosmique du Christ. «
Le Christ cosmique est le modèle divin qui trouve unité dans la
personne de Jésus-Christ (mais ne se limite pas à cette personne). Le
modèle divin d'unité s'est fait chair et il a campé parmi nous
(Jn 1, 14)... Le Christ cosmique... libère de l'asservissement
et du pessimisme de l'univers mécaniciste newtonien, un univers de
compétition, de gagnants et de perdants, de dualisme, d'anthropocentrisme,
ainsi que de l'ennui de voir notre univers merveilleux réduit à une
machine sans mystère ni mysticisme. Le Christ cosmique est local et
historique, il est même intimement associé à l'histoire humaine. Le Christ
cosmique pourrait vivre près de nous, ou même dans notre moi le plus
profond et le plus authentique ».58 Bien que cette
affirmation ne soit pas partagée par tous ceux qui gravitent autour du
Nouvel Âge, elle en fait pourtant une description très juste et met
bien en valeur les différences entre les deux conceptions du Christ. Pour
le Nouvel Âge, le Christ cosmique est un modèle qui peut se répéter
dans beaucoup de personnes, de lieux et de temps. Il y a là un énorme
changement de paradigme, puisqu'en définitive le Christ n'est plus qu'un
potentiel à l'intérieur de nous-mêmes.
Pour la foi chrétienne, Jésus-Christ n'est pas un modèle,
mais une personne divine dont la figure, humaine et divine, révèle le
mystère de l'amour du Père pour chaque personne au long de notre histoire
(Jn 3, 16); il vit en nous parce qu'il partage sa vie avec nous,
mais cela n'est ni imposé, ni automatique. Tous les hommes sont invités à
participer à sa vie, à vivre « dans le Christ Jésus ».
3.4. Mystique chrétienne et mystique Nouvel
Âge
Pour les chrétiens, la vie spirituelle s'inscrit dans un
rapport chaque jour plus profond avec Dieu qui éclaire en même temps notre
rapport avec le prochain, hommes et femmes, et avec l'univers. La
spiritualité, dans l'optique du Nouvel Âge, consiste à expérimenter
des états de conscience dominés par un sentiment d'harmonie et de fusion
avec le Tout. Ici, le terme « mystique » ne se réfère pas à la
rencontre d'un Dieu transcendant dans la plénitude de l'amour, mais à
l'expérience, provoquée par le retour sur soi, une sensation grisante de
s'abandonner, de ne faire plus qu'un avec l'univers, de s'immerger dans le
grand océan de l'Être.59
Cette distinction fondamentale est évidente à tous les
niveaux de comparaison entre mysticisme chrétien et mysticisme Nouvel
Âge. Pour ce dernier, la voie de la purification consiste dans la
prise de conscience d'un malaise ou aliénation, qui peut être surmonté par
l'immersion dans le Tout. Pour se convertir, il faut faire appel à des
techniques portant à l'illumination, une expérience qui transforme la
conscience des individus en les mettant en contact avec le divin, conçu
comme l'essence la plus profonde de la réalité.
Les techniques et les méthodes proposées par ce système
religieux immanentiste, qui ne conçoit pas Dieu comme une personne,
procèdent 'du bas'. Bien qu'elles comportent une descente dans les
profondeurs du cœur ou de l'âme, elles n'en demeurent pas moins
l'entreprise essentiellement humaine d'un individu qui cherche à s'élever
jusqu'à la divinité par ses propres forces. Il s'agit souvent d'une
« élévation » de la conscience vers ce qui est considéré comme
la découverte libératrice du « dieu intérieur ». Tous n'ont
pas accès à ces techniques, dont les bienfaits sont réservés à une
'aristocratie' spirituelle privilégiée.
L'élément fondamental de la foi chrétienne est au contraire
la descente de Dieu parmi les créatures, et en particulier les plus
humbles, les plus faibles et les moins doués aux yeux de ce «
monde ». Il existe des techniques spirituelles qu'il est utile
d'apprendre, mais Dieu peut les contourner ou s'en passer. La méthode
chrétienne pour s'approcher de Dieu ne fait appel à aucune
technique, au sens strict. Ce serait contraire à l'esprit d'enfance
recommandé par l'Évangile. Le coeur de la mystique chrétienne authentique
n'a rien à voir avec la technique: elle est toujours un don de Dieu, dont
celui qui le reçoit sait qu'il est indigne.60
Pour les chrétiens, la conversion est un retour au Père, par
le Fils, avec docilité à la puissance de l'Esprit Saint. Et plus ils
progressent dans leur rapport avec Dieu, qui est toujours et dans tous les
cas un don gratuit, plus ils éprouvent le besoin de se détourner du péché,
de la myopie spirituelle et de l'infatuation qui font obstacle à l'abandon
confiant à Dieu et à l'ouverture au prochain.
Toutes les techniques de méditation doivent être épurées de
toute présomption et prétention. La prière chrétienne, loin d'être un
exercice d'auto-contemplation, de sérénité et de vide intérieur, est un
dialogue d'amour qui « nécessite une attitude de conversion, un
exode du 'moi' vers le 'Tu' de Dieu ».61 Conduits par
elle à l'abandon chaque jour plus total à la volonté de Dieu, nous sommes
invités à une profonde et authentique solidarité envers nos
frères.62
3.5. Le « dieu intérieur » et la «
theosis »
Il s'agit d'un point fondamental opposant le Nouvel
Âge au christianisme. Nombre d'ouvrages Nouvel Âge expriment la
conviction qu'il n'y a pas d'être divin « là dehors », ou du
moins que celui- ci ne se distingue pas vraiment du reste de la réalité.
Depuis l'époque de Jung, il y a toujours eu un mouvement professant la
croyance dans « le dieu intérieur ». Notre problème, dans
l'optique du Nouvel Âge, est que nous sommes incapables de
reconnaître notre propre divinité, une incapacité qui peut être surmontée
avec l'aide d'un guide spirituel ou au moyen d'une série de techniques
destinées à libérer notre potentiel caché (divin). L'idée fondamentale est
que 'Dieu' est présent au fin fond de nous-mêmes. Nous sommes des dieux,
et nous pouvons découvrir le pouvoir illimité qui est en nous en éliminant
une à une les couches d'inauthenticité.63 Plus ce potentiel est
reconnu, mieux il est réalisé, et en ce sens le Nouvel Âge a une
conception bien à lui de la theosis ou divinisation, qui consiste à
reconnaître et à accepter notre nature divine. Pour certains, nous vivons
« une époque où notre compréhension de Dieu doit être intériorisée:
du Dieu Tout-Puissant et extérieur au Dieu comme force dynamique et
créative au cœur même de tout être: Dieu comme Esprit ».64
Dans la préface du livre V de Adversus Hæreses, saint
Irénée nous parle de « Jésus-Christ qui, à cause de son surabondant
amour, est devenu ce que nous sommes afin de faire de nous ce qu'il
est ». Telle est la conception chrétienne de la theosis ou
divinisation, qui ne saurait être l'aboutissement de nos seuls efforts,
mais requiert l'intervention de la grâce de Dieu qui opère dans et à
travers nous. Cela demande nécessairement de notre part une prise de
conscience initiale de notre incomplétude et de notre péché, qui est tout
l'opposé de l'exaltation du moi. Qui plus est, cela nous ouvre la voie à
la participation à la vie trinitaire, un cas parfait de distinction au
cœur de l'unité: plus qu'une fusion, c'est une synergie. Tout cela est le
fruit d'une rencontre personnelle, l'offre d'une vie entièrement nouvelle.
La vie en Jésus-Christ n'est pas si personnelle et privée qu'elle se
limite au domaine de la conscience. Elle n'est pas non plus uniquement un
nouveau niveau de conscience. Elle est une transformation de notre corps
et de notre âme par la participation à la vie sacramentelle de
l'Église.
4
NOUVEL ÂGE
ET FOI CHRÉTIENNE EN
CONTRASTE
Il est difficile de séparer les éléments singuliers de la
religiosité Nouvel Âge – si innocents qu'ils puissent paraître – de
la structure sous-jacente à toute la pensée du mouvement et admise par
tous. La nature gnostique de ce mouvement nous invite à le considérer dans
son entier. Du point de vue de la foi chrétienne, il n'est pas possible
d'isoler quelques éléments de la religiosité Nouvel Âge, en les
considérant acceptables, puis en rejeter d'autres. Comme le mouvement
Nouvel Âge donne une grande importance à la communication avec la
nature et à la connaissance cosmique d'un bien universel – niant ainsi les
contenus révélés de la foi chrétienne – il ne peut pas être considéré
comme positif ou inoffensif. Dans un contexte culturel marqué par le
relativisme religieux, il est nécessaire de mettre en garde face à la
tentative de placer la religiosité Nouvel Âge sur le même niveau
que la foi chrétienne, faisant apparaître comme relative la différence
entre foi et croyance, ce qui est source de confusion pour les personnes
non averties. À cet égard, il est utile de se rappeler l'exhortation de
saint Paul « pour enjoindre à certains de cesser d'enseigner des
doctrines étrangères et de ne s'attacher à des fables et à des généalogies
sans fin, plus propres à soulever de vains problèmes qu'à servir le
dessein de Dieu fondé sur la foi » (1 Tm 1, 3-4). Certaines
pratiques, labellisées à tort Nouvel Âge pour des raisons de
stratégie commerciale de meilleure vente, ne correspondent pas vraiment à
sa vision du monde. Cela ne fait qu'augmenter la confusion. Il est donc
nécessaire d'identifier soigneusement ces éléments qui appartiennent au
mouvement Nouvel Âge et qui ne peuvent être acceptés par ceux qui
croient au Christ et en l'Eglise.
Les questions suivantes peuvent être le moyen le plus simple
pour évaluer certains points fondamentaux de la pensée et de la pratique
Nouvel Âge dans une optique chrétienne. Le terme « Nouvel
Âge » se réfère à certaines idées qui circulent sur Dieu, les
hommes et le monde, aux personnes avec lesquelles les chrétiens peuvent
avoir des conversations sur la religion, au matériel publicitaire pour les
groupes de méditation, aux thérapies en tout genre, à des affirmations sur
la religion, et ainsi de suite. Il se peut que quelques-unes de ces
questions, appliquées à des personnes ou à des idées qui ne revendiquent
pas ouvertement leur appartenance au Nouvel Âge, mettent en lumière
des liens implicites ou inconscients avec toute la mouvance Nouvel
Âge.
– Dieu est-il un être avec lequel nous
établissons un rapport, une chose à utiliser ou une force à exploiter?
Le concept Nouvel Âge de Dieu est plutôt vague,
tandis que le concept chrétien est très clair. Le dieu du Nouvel
Âge est une énergie impersonnelle, ou mieux une extension particulière
ou composante du cosmos. En ce sens, dieu est la force vitale ou âme du
monde. La divinité est présente dans tout être, selon une progression
allant « du cristal le plus infime du règne minéral au Dieu
galactique dont nous ne pouvons rien dire, sinon qu'il ne s'agit pas d'un
homme mais d'une Grande Conscience ».65 Dans certains
textes “classiques” du Nouvel Âge, il apparaît clairement que les
hommes peuvent se considérer comme des dieux, même si cette
caractéristique est plus développée chez certains individus que chez
d'autres. Dieu ne doit plus être cherché à l'extérieur du monde, mais à
l'intérieur du moi profond.66 Et même quand « Dieu
» est quelque chose d'extérieur à moi, il est là pour être manipulé.
C'est bien différent de la conception chrétienne de Dieu,
créateur du ciel et de la terre et source de tous les rapports personnels.
Dieu est lui- même personnel, Père, Fils et Saint-Esprit qui a créé
l'univers en vue de partager la communion de sa vie avec des personnes
créées. « Dieu qui 'habite une lumière inaccessible' veut
communiquer par sa propre vie divine aux hommes librement créés par Lui,
pour en faire, dans son Fils unique, des fils adoptifs. En se révélant
Lui-même, Dieu veut rendre les hommes capables de Lui répondre, de Le
reconnaître et de L'aimer bien au-delà de tout ce dont ils seraient
capables d'eux-mêmes ».67 Dieu n'est pas identifié au
principe de vie conçu comme « Esprit » ou « énergie de
base » du cosmos, mais à cet amour qui est absolument différent du
monde, et pourtant présent de manière créative en toute chose, et qui
conduit les êtres humains au salut.
– Jésus-Christ est-il unique, ou y a-t-il
des milliers de Christs?
Jésus-Christ est souvent présenté dans la littérature
Nouvel Âge comme un sage, un initié ou un avatar parmi tant d'autres,
alors que pour la tradition chrétienne il est le Fils de Dieu. Voici
quelques points communs aux approches Nouvel Âge:
– le Jésus historique personnel et individuel est distinct
du Christ éternel, impersonnel et universel;
– Jésus n'est pas considéré comme le seul Christ;
– la mort de Jésus sur la croix est soit contestée, soit
réinterprétée pour écarter l'idée que, comme Christ, il ait pu
souffrir;
– les textes apocryphes (comme les évangiles néo-gnostiques)
sont considérés comme des sources authentiques permettant de connaître
certains aspects de la vie de Jésus qui n'apparaissent pas dans le canon
de l'Écriture. D'autres révélations sur Jésus, transmises par des entités,
esprits guides, maîtres ascensionnés, ou même par les Chroniques
d'Akasha, occupent une grande place dans la christologie du Nouvel
Âge ;
– une exégèse de type ésotérique est appliquée aux textes
bibliques pour purifier le christianisme de la religion officielle, qui
barre l'accès à son essence ésotérique.68
Selon la tradition chrétienne, Jésus-Christ est le Jésus
de Nazareth dont parle l'Évangile, l'enfant de Marie et le Fils unique de
Dieu, vrai homme et vrai Dieu, pleine révélation de la vérité, unique
Sauveur du monde: « Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, Il
souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième
jour, conformément aux Écritures, et Il monta au ciel; Il est assis à la
droite du Père ».69
– L'être humain: y a-t-il un être
universel, ou de nombreux individus?
« Le but des techniques Nouvel Âge est de
reproduire à volonté les états mystiques, comme s'il s'agissait d'un
matériel de laboratoire. Renaissance, biofeedback, isolement
sensoriel, respiration holotropique, hypnose, mantras, jeûne, privation de
sommeil et méditation transcendantale sont autant de tentatives pour
contrôler ces états et les vivre en permanence ».70
Toutes ces pratiques créent a un climat de faiblesse psychique (et de
vulnérabilité), et quand l'exercice consiste à se réinventer, se pose la
question de savoir qui « je » suis. Les notions de «
Dieu intérieur » et d'union holistique avec tout le cosmos ne font
que mettre cette question encore plus en évidence. Les personnalités
individuelles isolées sont pathologiques pour le Nouvel Âge (en
particulier pour la psychologie transpersonnelle). Mais « le vrai
danger est le paradigme holistique. Le Nouvel Âge est une pensée
fondée sur l'unité totalitaire, et c'est précisément cela qui en fait un
danger... ».71 De façon plus modérée: « Nous sommes
authentiques quand nous nous 'prenons en charge', quand nos choix et nos
réactions naissent spontanément de nos besoins les plus profonds, quand
notre comportement et l'expression de nos sentiments reflètent la totalité
de notre personne ».72 Le Mouvement de Développement du
Potentiel Humain est le meilleur exemple de la conviction que les hommes
sont divins ou contiennent en eux une étincelle divine.
L'approche chrétienne se nourrit des enseignements de
l'Écriture sur la nature humaine: les hommes sont créés à l'image de Dieu
(Gn 1, 27) et Dieu les tient en grande considération, au grand
soulagement du Psalmiste (cf. Ps 8). L'homme est un mystère qui n'est
pleinement révélé qu'en Jésus-Christ (cf. GS 22), il ne tient sa
véritable humanité qu'à travers sa relation avec le Christ, par un don de
l'Esprit.73 Nous sommes bien loin de la caricature
d'anthropocentrisme que l'on fait du christianisme, et qui est rejetée
même par de nombreux auteurs et adeptes du Nouvel Âge.
– Nous sauvons-nous tout seuls, ou le salut
est-il un don gratuit de Dieu?
Toute la question est de savoir par quoi ou par qui nous
croyons être sauvés. Sommes-nous sauvés par nos actions, comme c'est
souvent le cas dans les explications Nouvel Âge, ou sommes- nous
sauvés par l'amour de Dieu? Le Nouvel Âge, dont les maîtres mots
sont auto-réalisation et auto-rédemption, a une intelligence
fondamentalement pélagienne et optimiste de la nature
humaine.74
Pour les chrétiens, le salut dépend de la participation à
la passion, à la mort et à la résurrection du Christ et du rapport
personnel et direct avec Dieu plus que d'une technique quelconque. La
condition humaine, affectée intrinsèquement par la faute originelle et par
le péché individuel, ne peut être redressée que par l'action de Dieu: le
péché est une offense faite à Dieu, et seul Dieu peut nous réconcilier à
Lui. Dans le plan salvifique divin, les hommes sont sauvés par
Jésus-Christ qui, homme et Dieu, est l'unique médiateur de la rédemption.
Dans le christianisme, le salut n'est pas une expérience du moi, une
concentration méditative et intuitive sur soi-même, mais le pardon du
péché, la libération des profondes ambivalences qui nous habitent et
l'apaisement intérieur par le don de la communion avec un Dieu d'amour. Le
chemin du salut ne passe pas seulement par une transformation (auto)
induite de la conscience, mais par une libération du péché et de ses
conséquences qui nous invite dès lors à le combattre en nous-mêmes et dans
la société où nous vivons. Cela inclut nécessairement la solidarité
aimante envers notre prochain dans le besoin.
– Inventons-nous la vérité, ou la
recevons-nous?
La vérité Nouvel Âge a trait aux bonnes vibrations,
aux correspondances cosmiques, à l'harmonie et l'extase, qui sont
généralement des expériences agréables. Il s'agit de trouver sa propre
vérité en fonction du critère « bien-être ». Les opinions sur
la religion et les questions éthiques dépendent naturellement des
sentiments et des expériences propres à chacun.
La doctrine chrétienne présente Jésus-Christ comme
« le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Ses
disciples sont appelés à ouvrir leur vie tout entière à Jésus-Christ et à
ses valeurs, autrement dit à un ensemble de conditions objectives, qui
font partie d'une réalité objective, définitivement connaissable par
tous.
– Prière et méditation: nous adressons-nous
à nous-mêmes, ou à Dieu?
Devant la tendance à confondre psychologie et spiritualité,
il convient de bien souligner qu'une grande partie des techniques de
méditation employées aujourd'hui ne constituent pas une prière.
Elles sont souvent une bonne préparation à la prière, et rien d'autre,
même si elles produisent une amélioration de l'humeur ou du bien-être
physique. Les expériences qui en découlent sont effectivement intenses,
mais rester à ce niveau équivaut à rester seul, à ne pas être encore en
présence de l'autre. L'expérience du silence peut nous placer face au
vide, au lieu d'être une contemplation silencieuse du Bien-Aimé. Il est
vrai que les techniques d'immersion au fond de notre âme sont, en
définitive, un appel à notre capacité d'approcher le divin ou même de
devenir divin. Mais si elles ignorent le fait que Dieu est lui aussi à la
recherche du cœur humain, elles ne sont pas encore une prière chrétienne.
Même quand cette expérience est vécue comme une union avec l'Énergie
universelle, « ce 'rapport' trop facile à un Dieu dont la seule
fonction est de satisfaire tous nos besoins met en lumière l'égoïsme qui
est au cœur du Nouvel Âge ».75
Les pratiques Nouvel Âge ne sont pas une vraie prière
parce qu'elles mènent généralement à l'introspection ou fusion avec
l'énergie cosmique, à la différence de la double orientation de la prière
chrétienne qui, tout en pratiquant l'introspection, est avant tout
rencontre de Dieu. Bien plus, au lieu d'être un effort purement humain, le
mysticisme chrétien est essentiellement un dialogue qui « implique
une attitude de conversion, un exode du 'moi' vers le 'Tu' de
Dieu.76 « Même quand il est seul et prie dans le secret,
le chrétien a conscience de prier toujours en union avec le Christ, dans
l'Esprit-Saint, en union avec tous les saints, pour le bien de
l'Église ».77
– Sommes-nous tentés de nier le péché, ou
en acceptons- nous l'existence?
Le Nouvel Âge n'a pas vraiment la notion du péché,
mais plutôt celle d'une connaissance imparfaite. Ce qui nous manque, c'est
l'illumination, qui peut être obtenue à l'aide des techniques
psychophysiques appropriées. À ceux qui participent aux activités
Nouvel Âge, on ne dit pas ce à quoi ils doivent croire, ce qu'ils
doivent faire ou ne pas faire, mais: « Il y a mille façons
d'explorer la réalité intérieure. Laissez-vous guider par votre
intelligence et votre intuition. Ayez confiance en vous
».78 L'autorité est passée de Dieu au moi. Le problème le plus
grave pour le Nouvel Âge n'est pas la faute personnelle ou le
péché, mais l'aliénation par rapport au cosmos. Le remède consiste à
s'immerger chaque jour davantage dans la totalité de l'être. À en croire
certaines publications et pratiques Nouvel Âge, une vie ne
suffirait pas, et la réincarnation serait nécessaire pour permettre aux
hommes de réaliser pleinement leur potentiel.
Dans la perspective chrétienne, « La réalité du
péché, et plus particulièrement du péché des origines, ne s'éclaire qu'à
la lumière de la Révélation divine. Sans la connaissance qu'elle nous
donne de Dieu on ne peut clairement reconnaître le péché, et on est tenté
de l'expliquer uniquement comme un défaut de croissance, comme une
faiblesse psychologique, une erreur, la conséquence nécessaire d'une
structure sociale inadéquate, etc. C'est seulement dans la connaissance du
dessein de Dieu sur l'homme que l'on comprend que le péché est un abus de
la liberté que Dieu donne aux personnes créées pour qu'elles puissent
l'aimer et s'aimer mutuellement.79 « Le péché
est une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite ; il est
un manquement à l'amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à
cause d'un attachement pervers à certains biens. Il blesse la nature de
l'homme et porte atteinte à la solidarité humaine...80
Le péché est une offense de Dieu ...Le péché se dresse contre l'amour de
Dieu pour nous et en détourne nos cœurs... Le péché est ainsi “amour de
soi jusqu'au mépris de Dieu” ».81
– Sommes-nous encouragés à rejeter la
souffrance et la mort, ou à l'accepter?
Certains auteurs Nouvel Âge considèrent la souffrance
comme étant auto-infligée, comme un mauvais karma, ou encore comme
l'incapacité de tirer pleinement parti de nos ressources. D'autres se
concentrent sur les méthodes destinées à procurer le succès ou la richesse
(par ex. Deepak Chopra, José Silva et al.). Dans le Nouvel Âge, la
réincarnation est souvent vue comme un passage nécessaire à notre
croissance spirituelle, une étape de notre évolution spirituelle qui
commencerait avant la naissance et se poursuivrait après la mort. Dans
notre vie présente, l'expérience de la mort des autres provoque une crise
salutaire.
Tant l'unité cosmique que la réincarnation sont
inconciliables avec la croyance chrétienne selon laquelle l'homme est un
être distinct, qui vit une seule vie dont il est pleinement responsable.
Assurément, cette conception de la personne met en jeu à la fois la
responsabilité et la liberté. Les chrétiens savent que « dans la
Croix du Christ, non seulement la Rédemption s'est accomplie par la
souffrance, mais de plus la souffrance humaine elle-même a été rachetée.
Le Christ sans qu'il ait commis aucune faute s'est chargé du « mal
total du péché ». L'expérience de ce mal a déterminé la mesure
incomparable de la souffrance du Christ, qui est devenue le prix de la
Rédemption... Le Rédempteur a souffert à la place de l'homme et pour
l'homme. Tout homme participe d'une manière ou d'une autre à la
Rédemption. Chacun est appelé, lui aussi, à participer à la souffrance par
laquelle la Rédemption s'est accomplie ».82
– L'engagement social est-il à éviter, ou
doit-il être recherché?
Si beaucoup dans le Nouvel Âge n'est
qu'auto-promotion affichée, certaines sommités de ce mouvement
recommandent de ne pas juger l'ensemble du Nouvel Âge d'après une
minorité d'individus égoïstes, irrationnels et narcissiques, et de ne pas
se laisser obnubiler par certaines pratiques étranges, qui empêchent de
reconnaître dans le Nouvel Âge une recherche spirituelle et une
spiritualité authentiques.83 Néanmoins, la fusion des individus
dans le moi cosmique ainsi que la relativisation ou abolition de toute
différence ou opposition dans l'harmonie cosmique sont inacceptables pour
le chrétien.
Pour qu'il y ait amour authentique, il faut un autre
différent (une personne). Le vrai chrétien cherche l'unité dans la
capacité et la liberté de l'autre de dire « oui » ou «
non » au don d'amour. L'union, dans le christianisme, est communion,
et l'unité est communauté.
– Notre avenir est-il écrit dans les
astres, ou contribuons- nous à le construire?
Le Nouvel Âge qui s'annonce sera peuplé d'être
parfaits, androgynes, maîtrisant entièrement les lois cosmiques de la
nature. Dans ce scénario, le christianisme doit disparaître pour faire
place à une religion globale et à un nouvel ordre mondial.
Les chrétiens sont constamment en éveil, dans l'attente
du dernier jour, quand le Christ reviendra. Leur Nouvel Âge a commencé il
y a deux mille ans avec le Christ, qui n'est nul autre que « Jésus
de Nazareth, le Verbe de Dieu fait homme pour le salut de tous ».
Son Esprit est présent et agissant dans le cœur des hommes, dans la
« société et l'histoire, les peuples, les cultures et les
religions ». En effet, « l'Esprit du Père, que le Fils donne
sans mesure, les anime tous ».84 Nous vivons
les derniers temps.
Il est évident d'autre part que la plupart des pratiques
Nouvel Âge ne semblent pas poser de questions doctrinales à ceux qui
les suivent; mais en même temps il est indéniable que ces pratiques
communiquent par elles-mêmes, voire indirectement, une mentalité qui peut
influencer la pensée et inspirer une vision très particulière de la
réalité. Il est certain que le Nouvel Âge crée sa propre
atmosphère, et qu'il est parfois difficile de séparer ce qui est innocent
de ce qui doit vraiment être contesté. En outre, il faut être bien
conscient du fait que la doctrine du Christ qui circule dans les
cercles Nouvel Âge s'inspire des enseignements théosophiques
d'Helena Blavatsky, de l'anthroposophie de Rudolf Steiner et de l'école
ésotérique d'Alice Bailey. Non seulement leurs émules continuent de
répandre leurs idées aujourd'hui, mais ils sont en train d'élaborer avec
les adeptes du Nouvel Âge une interprétation entièrement nouvelle
de la réalité, une doctrine connue de certains observateurs sous le nom de
« vérité du Nouvel Âge ».85
5
JÉSUS-CHRIST
NOUS OFFRE L'EAU VIVE
L'unique fondement de l'Église est Jésus-Christ, son
Seigneur. Il est au centre de tout acte et de tout message chrétien.
L'Église se tourne constamment vers son Seigneur. Les Évangiles relatent
de nombreuses rencontres avec Jésus depuis celle des pasteurs de Bethléem
jusqu'à celle des deux larrons crucifiés avec lui, mais aussi celle des
anciens sages qui l'écoutèrent parler au Temple et celle des disciples
marchant dans l'affliction vers Emmaüs. Toutefois, un épisode qui indique
avec une clarté particulière ce qu'Il nous offre est celui de sa rencontre
avec la Samaritaine, près du puits de Jacob, rapportée au quatrième
chapitre de l'Évangile de Jean. Cette rencontre a même été décrite comme
« le paradigme de notre engagement pour la vérité
».86 L'expérience de la rencontre de l'étranger nous offrant
l'eau vive nous indique le chemin que les chrétiens peuvent et doivent
parcourir dans le dialogue avec tous ceux qui ne connaissent pas
Jésus.
Un élément attachant du récit que nous fait Jean (Jn
4) de cette rencontre est que cette femme met un certain temps à
comprendre ce que Jésus veut dire par l'eau « de vie » ou eau
« vive » (verset 11). Malgré cela, elle est fascinée par cet
étranger et par son message, et reste là, à l'écouter. Après le choc
initial où elle réalise tout ce que Jésus sait d'elle (« Tu as bien
fait de dire: 'je n'ai pas de mari'; car tu as eu cinq maris et celui que
tu as maintenant n'est pas ton mari;
en cela tu dis vrai »,
versets 17 et 18 »), elle demeure cependant disponible à recevoir sa
parole: « Seigneur, je vois que tu es un prophète » (verset
19). Le dialogue sur l'adoration de Dieu peut alors commencer: «
Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que
nous connaissons, car le salut vient des Juifs » (verset 22).
Touchant son coeur Jésus l'a préparée à accueillir ce qu'Il devait
annoncer sur lui-même comme Messie: « C'est moi, celui qui te
parle » (verset 26). Il l'a préparée ainsi à ouvrir son coeur à la
vraie adoration en Esprit et à l'auto-révélation de Jésus come du Consacré
de Dieu.
La femme « laissa là sa cruche, courut à la ville et
dit aux gens » tout ce qu'elle savait de cet homme (verset 28).
L'effet extraordinaire qu'avait eu sur cette femme sa rencontre avec
l'étranger les intrigua à tel point qu'eux aussi « allèrent vers
lui » (verset 30). Ils reconnurent vite l'authenticité de son
identité: « Ce n'est plus sur tes dires que nous croyons; nous
l'avons nous-mêmes entendu et nous savons que c'est vraiment lui le
sauveur du monde » (verset 42). Ils étaient passés d'une
connaissance de Jésus par ouï-dire à une connaissance personnelle, puis à
la reconnaissance de la signification universelle de son identité. Tout
cela parce que leur esprit et leur cœur avaient été bien disposés.
Le fait que cette rencontre se soit déroulée près d'un puits
est significatif. Jésus offre à la femme « une source...
jaillissante en vie éternelle » (verset 14). La douceur avec
laquelle Jésus traite cette femme est un modèle d'efficacité pastorale,
quand on cherche à aider les autres à être sincères sans difficulté, dans
le douloureux processus d'auto-revision. (« Il m'a dit tout ce que
j'ai fait »: verset 39). Une telle approche pourrait donner une
moisson abondante chez ceux qui sont attirés par le porteur d'eau (le
Verseau) tout en étant sincèrement à la recherche de la vérité. Il
faudrait les inviter à écouter Jésus, qui ne nous offre pas seulement
l'eau qui étanche notre soif aujourd'hui, mais aussi les profondeurs
spirituelles de « l'eau vive ». Il est important de
reconnaître la sincérité des personnes qui sont à la recherche de la
vérité. Il ne s'agit pas de tromperie ou d'aveuglement. Il faut aussi être
patient, comme le savent bien tous les bons éducateurs. Une personne qui
rencontre la vérité est soudain remplie d'une nouvelle énergie, d'un
sentiment entièrement nouveau de libération, notamment des fautes et des
peurs du passé, et « celui qui s'efforce de mieux se connaître,
comme la femme près du puits, transmettra aux autres le désir de connaître
cette vérité qui les rendra, eux aussi, libres ».87
L'invitation à rencontrer Jésus-Christ, le porteur de l'eau
vive, aura plus de poids si elle vient de quelqu'un qui, à l'évidence, a
été profondément touché par sa rencontre de Jésus, quelqu'un qui n'a pas
seulement entendu parler de lui, mais qui est convaincu « que c'est
vraiment lui le sauveur du monde » (verset 42). Il ne reste plus
alors qu'à permettre aux hommes de réagir à leur façon, à leur propre
rythme, et laisser Dieu faire le reste.
6
INDICATIONS IMPORTANTES
6.1. L'accompagnement et une solide formation sont
nécessaires
Le Christ ou le Verseau? Le Nouvel Âge
est presque toujours lié à des « alternatives », que ce soit
une vision alternative de la réalité ou une façon alternative d'améliorer
sa situation actuelle (magie).88 Une alternative n'offre pas
deux possibilités, mais seulement la possibilité de choisir une chose de
préférence à une autre: du point de vue religieux, le Nouvel Âge
présente une alternative à l'héritage judéo- chrétien. On dit que l'ère du
Verseau est sur le point de remplacer celle des Poissons, à prédominance
chrétienne. Les penseurs Nouvel Âge en sont bien conscients.
Certains sont persuadés que ce changement est inéluctable, d'autres sont
activement engagés à favoriser sa venue. Ceux qui se demandent s'il est
possible de croire à la fois en Jésus-Christ et dans le Verseau doivent
savoir qu'en réalité, ils se trouvent en face d'un choix. « Nul
serviteur ne peut servir deux maîtres: ou il haïra l'un et aimera l'autre,
ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre » (Lc 16, 13).
Il suffit que les chrétiens pensent à la différence entre les hommes sages
venus de l'Orient et le roi Hérode pour comprendre les puissants effets
que peut avoir le choix pour ou contre le Christ. Il ne faut pas oublier
que divers mouvements qui ont nourri le Nouvel Âge sont ouvertement
antichrétiens. Leur attitude à l'égard du christianisme n'est pas neutre,
mais neutralisante: bien qu'ils se disent ouverts à tous les points de vue
religieux, ils ne considèrent pas le christianisme traditionnel comme une
alternative acceptable. En certaines occasion, il est clair qu'« il
n'y a pas de place où l'on puisse tolérer le vrai christianisme »,
et que les comportements antichrétiens sont même justifiés.89
Cette opposition, qui initialement se limitait aux cercles restreints de
ceux qui vont au-delà d'un attachement superficiel au Nouvel Âge, a
commencé récemment à se répandre à tous les niveaux de la culture «
alternative », dont l'attrait est très puissant, notamment dans les
sociétés occidentales sophistiquées.
Fusion ou confusion? Les traditions Nouvel
Âge brouillent consciemment et délibérément la véridicité des
différences et des distinctions entre Créateur et créé, entre humanité et
nature, entre religion et psychologie, entre réalité subjective et
objective, dans l'intention apparemment louable de surmonter le scandale
de la division. Cependant, pour le Nouvel Âge, il s'agit de la
fusion systématique d'éléments que la culture occidentale a toujours
nettement distingués. Ne serait-il pas juste dans ce cas de parler de
« confusion »? Ce n'est pas jouer sur les mots que
d'affirmer que le Nouvel Âge profite de la confusion. La tradition
chrétienne a toujours valorisé le rôle de la raison pour justifier la foi
et pour comprendre Dieu, le monde et la personne humaine.90
Le Nouvel Âge est bien dans l'air du temps quand il rejette une
raison accusée d'être froide, calculatrice et inhumaine. Mais s'il est
utile d'insister sur la nécessité d'un bon équilibre entre toutes nos
facultés, la mise à l'écart d'une faculté essentielle à toute vie
pleinement humaine n'est pas justifiée. La raison à l'avantage de
l'universalité: elle est à la libre disposition de chacun, à la différence
de la mystérieuse et fascinante religiosité « mystique »,
ésotérique ou gnostique. Tout ce qui alimente la confusion conceptuelle et
le secret doit être attentivement soupesé, car cela cache parfois plus que
cela ne révèle la nature dernière de la réalité. Cela correspond bien à la
perte de confiance post-moderne dans les certitudes absolues du passé, qui
pousse les hommes à se réfugier dans l'irrationnel. Le défi est de montrer
qu'une saine collaboration entre la foi et la raison peut améliorer la vie
humaine et renforcer le respect pour la création.
Créer sa propre réalité. La conviction très répandue
dans le Nouvel Âge que l'on crée sa propre réalité est fascinante,
mais illusoire. Elle s'exprime dans la théorie junghienne selon laquelle
l'homme est un passage entre le monde extérieur et un monde intérieur aux
dimensions infinies, où chaque homme est comme Abraxas qui crée son propre
monde et le détruit. L'étoile qui brille dans ce monde intérieur infini
est Dieu, le but de l'homme. La conséquence la plus grave et la plus
problématique de l'acceptation de l'idée que les hommes créent leur propre
réalité est le problème de la souffrance et de la mort: les personnes qui
ont un grave handicap ou une maladie incurable se sentent trompées et
rabaissées quand on leur dit qu'elles sont la cause de leurs malheurs, ou
que leur incapacité à changer les choses est due à une mauvaise façon
d'affronter la vie. C'est un point qui est loin d'être purement
académique, et qui a de fortes répercussions sur l'approche pastorale de
l'Église aux difficiles problèmes existentiels qui concernent tous les
hommes. Nos limites font partie de la vie, elles sont inhérentes à notre
condition de créatures. La mort et le deuil représentent un défi et une
opportunité, et la tentation de trouver refuge dans une adaptation à
l'occidentale de la notion de réincarnation est un signe évident de la
peur de mourir et du désir de vivre éternellement. Profitons-nous
suffisamment des occasions qui nous sont offertes pour rappeler ce que
Dieu nous a promis dans la résurrection de Jésus-Christ? Jusqu'à quel
point la foi dans la résurrection des corps, proclamée par les chrétiens
chaque dimanche dans le Credo, est-elle authentique? L'idée Nouvel
Âge que nous sommes, nous aussi, d'une certaine façon, des dieux, peut
prêter à discussion. Tout dépend évidemment de la définition que l'on
donne de la réalité. Il convient d'encourager une saine approche à
l'épistémologie et à la psychologie à tous les niveaux de l'éducation, de
la formation et de la prédication catholiques. Il est important de se
concentrer constamment sur les façons les plus efficaces de parler de la
transcendance. La difficulté fondamentale de toute la pensée Nouvel
Âge réside dans le fait que cette transcendance est vue strictement
comme une auto- transcendance qui doit être obtenue dans le cadre d'un
univers se suffisant à lui-même.
Références pastorales. Au chapitre 8, on trouvera une
liste des principaux documents de l'Église catholique présentant une
évaluation des idées du Nouvel Âge. En première place, on y trouve
le discours du Pape Jean-Paul II cité dans l'avant-propos. Le Pape
distingue dans cette tendance culturelle des aspects positifs, tels que
« la recherche d'un nouveau sens de la vie, une nouvelle sensibilité
pour l'environnement et le désir de surmonter une religiosité froide et
rationaliste ». Mais en même temps, il attire l'attention des
fidèles sur certains éléments ambigus, incompatibles avec la foi
chrétienne: ces mouvements « minimisent l'importance de la
Révélation..., tendent à relativiser la doctrine religieuse au profit
d'une vision vague du monde..., proposent souvent un concept panthéiste de
Dieu..., remplacent la responsabilité de nos actes devant Dieu par le sens
du devoir à l'égard de l'univers, inversant ainsi le véritable concept du
péché et le besoin de rédemption par le Christ ».91
6.2. Initiatives pratiques
Tout d'abord, il convient de rappeler encore une fois que,
dans la grande mouvance du Nouvel Âge, tout n'est pas lié de la
même façon aux théories du mouvement. En outre, cette étiquette est
souvent employée à mauvais escient ou appliquée à des phénomènes qui
pourraient être définis autrement. Il est même arrivé que le terme
Nouvel Âge soit utilisé à tort pour diaboliser des personnes ou des
pratiques. Il est donc essentiel de distinguer parmi les phénomènes liés à
ce mouvement, même de façon vague, ceux qui sont en accord avec une vision
chrétienne de Dieu, de la personne humaine et du monde, et ceux qui s'y
opposent. L'usage du terme Nouvel Âge ne signifie pas grand chose
en soi. Ce qui compte, c'est le rapport que peut avoir la personne, le
groupe, la pratique ou le produit avec les dogmes du christianisme.
– L'Église catholique possède des réseaux efficaces,
qui pourraient être mieux utilisés. Il existe par exemple de nombreux
centres pastoraux, culturels et de spiritualité. Comme forums de
discussion et d'étude, outre qu'ils répondent aux besoins de l'Église, ils
pourraient aborder la question confuse du Nouvel Âge de diverses
manières créatives. Il est regrettable de constater qu'il existe trop
souvent des centres catholiques d'enseignement activement engagés dans la
diffusion de la religiosité Nouvel Âge dans l'Église. Il faudra
bien sûr corriger cela, non seulement pour mettre fin à la propagation de
la confusion et de l'erreur, mais surtout pour promouvoir une vraie
spiritualité chrétienne. Les centres culturels catholiques en particulier
ne sont pas seulement des institutions éducatives, mais des lieux propices
à un dialogue honnête.92 Quelques excellentes institutions
spécialisées s'occupent de toutes ces questions. Elles représentent une
ressource précieuse, qui devrait être généreusement partagée avec les
régions moins bien pourvues à cet égard.
– Beaucoup de groupes Nouvel Âge acceptent volontiers
toutes les occasions d'expliquer leur philosophie et leurs activités à
d'autres. Les rencontres avec ces groupes devraient être abordées avec
vigilance, elles devraient toujours engager des personnes qui soient aussi
bien en mesure de parler de la foi et de la spiritualité catholique que de
réfléchir de manière critique sur la pensée et la pratique Nouvel
Âge. Il est très important de vérifier les références des
individus, groupes et institutions qui déclarent offrir une guidance et
des informations sur le Nouvel Âge. Dans certains cas, ce qui
commence comme une recherche impartiale se transforme ensuite en promotion
active ou en plaidoyer en faveur des « religions alternatives
». Certaines institutions internationales mènent des campagnes très
actives en faveur du respect de la « diversité religieuse »,
en réclamant le statut religieux pour des organisations parfois douteuses.
Cela s'accorde bien avec l'idée Nouvel Âge du passage à une ère
nouvelle où le caractère limité des religions particulières ferait place à
une nouvelle religion ou spiritualité universelle. Au contraire, un
dialogue authentique respecte toujours la diversité dès le début, sans
jamais chercher à estomper les distinctions dans l'amalgame de toutes les
traditions religieuses.
– Certains groupes Nouvel Âge locaux donnent à leurs
réunions le nom de « groupes de prière ». Les personnes
invitées à adhérer à ces groupes doivent rechercher les signes d'une
spiritualité chrétienne authentique, et bien voir que n'ait lieu
aucune cérémonie d'initiation. De tels groupes tirent profit des carences
de formation spirituelle et théologique des personnes pour les amener
progressivement vers ce qui est, de fait, un culte dévié. Il est
nécessaire que les chrétiens soient formés sur l'identité de l'objet de la
'prière' – dans l'Esprit- Saint, par Jésus-Christ, vers le Père – afin de
pouvoir juger correctement de l'intention d'un « groupe de
prière ». La prière chrétienne et le Dieu de Jésus-Christ sont
facilement reconnaissables.93 Beaucoup sont persuadés qu'il n'y
a aucun risque à 'faire un emprunt' à la sagesse orientale, mais l'exemple
de la Méditation Transcendantale (MT) devrait pousser les chrétiens à bien
réfléchir avant de s'engager à l'aveuglette dans une autre religion
(hindouisme, dans le cas présent), malgré toutes les déclarations de
neutralité religieuse des promoteurs de la MT. Apprendre à méditer ne pose
pas de problème, mais l'objet ou le contenu de l'exercice indique
clairement s'il s'adresse au Dieu révélé par Jésus-Christ, à une autre
révélation, ou tout simplement aux profondeurs cachées du moi.
– Il faudrait aussi accorder une juste reconnaissance aux
groupes chrétiens qui promeuvent la défense de la Terre comme création
de Dieu. La question du respect pour le créé est un point qui pourrait
être abordé dans les écoles catholiques. Mais il n'en reste pas moins
qu'une grande partie de ce que propose le mouvement écologiste est
difficilement conciliable avec les idéaux chrétiens. Si le souci de
l'environnement en général est le signe d'un sens des responsabilités
accru à l'égard de ce que Dieu nous a donné, et peut-être même la marque
nécessaire d'une gestion chrétienne du créé, l'écologie militante fait
bien souvent appel à des principes panthéistes, et parfois même
gnostiques.94
Le début du troisième millénaire présente un vrai kairos
pour l'évangélisation. Les esprits et les cœurs sont particulièrement
ouverts à une information sérieuse sur la conception chrétienne du temps
et de l'histoire du salut. La priorité n'est pas de souligner les lacunes
des autres approches, mais de revenir constamment aux sources de notre foi
pour pouvoir offrir une présentation juste et solide du message
chrétien. Nous pouvons être fiers de ce qui a été confié à notre
garde, et nous devons résister aux pressions de la culture dominante qui
voudrait nous faire enfouir ces dons (cf. Mt 25, 24-30). Un des
outils les plus utiles dont nous disposions est le Catéchisme de
l'Église Catholique. Mais il y a aussi l'immense héritage des chemins
de sainteté des vies de chrétiens et de chrétiennes d'hier et
d'aujourd'hui. Là où le riche symbolisme chrétien et ses traditions
artistiques, esthétiques et musicales sont encore méconnus ou ont été
oubliés, il y a beaucoup à faire pour les chrétiens et tous ceux qui
veulent faire l'expérience d'une conscience accrue de la présence de Dieu.
Le dialogue entre les chrétiens et les personnes attirées par le Nouvel
Âge sera plus fécond s'il tient compte de l'attrait exercé par tout ce
qui touche aux émotions et au langage symbolique. Si notre tâche est de
connaître, aimer et servir Jésus- Christ, nous devons commencer par avoir
une bonne connaissance des Écritures. Mais par-dessus tout, le moyen le
plus sûr pour donner un sens à l'ensemble du message chrétien est de
rencontrer le Seigneur Jésus dans la prière et les sacrements, qui sont
précisément les moments où notre vie ordinaire est sanctifiée.
– Sans doute la mesure la plus simple, la plus évidente et
la plus urgente à prendre, et qui serait probablement aussi la plus
efficace, serait de tirer meilleur parti des richesses de l'héritage
spirituel chrétien. Les grands ordres religieux ont de solides
traditions de méditation et de spiritualité qui pourraient être partagées
à l'occasion de cours ou de périodes durant lesquelles ils ouvriraient
leurs maisons à ceux dont la recherche est sincère. Cela existe déjà, mais
il faut faire davantage. Aider les hommes dans leur recherche spirituelle
en leur proposant des techniques éprouvées et des expériences de prière
authentique serait une occasion d'entamer avec eux un dialogue qui
révèlerait les richesses de la tradition chrétienne, et clarifierait par
la même occasion beaucoup de questions touchant au Nouvel Âge.
À l'aide d'une image suggestive et utile, un des
représentants du mouvement Nouvel Âge a comparé les religions
traditionnelles à des cathédrales, et le Nouvel Âge à une
foire à l'échelle mondiale. Le mouvement Nouvel Âge est compris
comme une invitation faite aux chrétiens à porter le message des
cathédrales dans la foire qui couvre maintenant le monde entier. Cette
image lance aux chrétiens un défi stimulant, car tous les moments sont
bons pour porter le message des cathédrales aux hommes de la foire. En
vérité, les chrétiens n'ont ni besoin ni n'attendent d'être invités à
partager le message de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ à ceux qui
cherchent des réponses à leurs questions, des nourritures spirituelles
rassasiantes, « l'eau vive ». Reprenant l'image proposée, il
est nécessaire que les chrétiens descendent le parvis des cathédrales.
Nourris de la Parole et du sacrement, ils peuvent offrir l'Évangile à
chaque instant de leur vie quotidienne – « Allez ! La messe est
finie »! Le Saint- Père remarque, dans sa lettre Novo
Millennio Ineunte, « une exigence diffuse de
spiritualité » du monde sécularisé contemporain et la manière
attrayante par laquelle d'autres religions répondent à cette attente. Il
entrevoit un défi pour les chrétiens: « Nous qui avons la grâce de
croire au Christ, révélateur du Père et Sauveur du monde, nous avons le
devoir de montrer à quelles profondeurs peut porter la relation avec
lui » (n. 33). À tous ceux qui traversent la grande place du marché
aux propositions religieuses, l'appel du christianisme se manifestera
avant tout par le témoignage des membres de l'Église, par leur espérance,
leur calme, leur patience, leur gaieté, et par l'amour tangible qu'ils
portent à leur prochain. Ce sont là les fruits d'une vie de foi nourrie
dans la prière personnelle authentique.
7
APPENDICE
7.1. Quelques brèves formulations des idées Nouvel
Âge
Formulation du Nouvel Âge par William Bloom, en
1992, citée dans Heelas, p. 225 et ss.:
– Toute vie, toute existence, est une
manifestation de l'Esprit, l'Inconnaissable, la Conscience suprême connue
sous des noms divers dans beaucoup de cultures différentes.
– Le but et la dynamique de toute existence
est de manifester pleinement l'Amour, la Sagesse et l'Illumination...
– Toutes les religions sont l'expression de
la même réalité intérieure.
– Toute vie, telle que nous la percevons
avec nos cinq sens humains ou avec des instruments scientifiques, n'est
que le voile extérieur de la réalité causale intérieure et invisible.
– De même, les hommes sont des créatures
doubles, avec: (i) une personnalité extérieure temporaire; et (ii) un être
intérieur pluridimensionnel (âme ou moi supérieur).
– La personnalité extérieure est limitée et
elle est orientée vers l'amour.
– Le but de l'incarnation de l'être
intérieur est d'amener les vibrations de la personnalité extérieure à la
résonance d'amour.
– Toutes les âmes incarnées sont libres de
choisir leur propre voie spirituelle.
– Nos guides spirituels sont des êtres dont
l'âme, libérée de la nécessité de se réincarner, exprime l'amour
inconditionnel, la sagesse et l'illumination. Certains de ces grands êtres
sont bien connus et ont inspiré les religions du monde. D'autres sont
inconnus et opèrent de façon invisible.
– Toute vie, dans ses différentes formes et
états, est énergie interdépendante et inclut nos actes, nos sentiments et
nos pensées.
C'est pourquoi nous collaborons avec l'Esprit et ces
énergies à la création de notre réalité.
– Bien qu'étant soutenus par la dynamique
de l'amour cosmique, nous sommes tous coresponsables de notre condition,
de notre milieu et toute notre vie.
– Au stade actuel, l'évolution de la
planète et de l'humanité a atteint un point où nous connaissons une
profonde mutation spirituelle de la conscience individuelle et collective.
C'est pourquoi nous parlons d'un Nouvel Âge. Cette nouvelle conscience est
le résultat de l'incarnation toujours plus réussie de ce que certains
appellent les énergies de l'amour cosmique. Cette nouvelle conscience se
manifeste par une compréhension instinctive de la sacralité et de
l'interdépendance de toute existence.
– Cette nouvelle conscience et cette
nouvelle compréhension de l'interdépendance dynamique de toute vie est le
signe qu'une culture planétaire entièrement nouvelle est en train de se
développer.
Heelas cite (p. 226) la « formulation
complémentaire » de Jeremy Tarcher
1. Le monde, y compris la race humaine, est l'expression
d'une nature divine supérieure et plus complète.
2. Au fond de chaque être humain, il y a un moi supérieur
divin qui est la manifestation de cette nature divine supérieure et plus
complète.
3. Cette nature supérieure peut être éveillée et devenir le
centre de la vie quotidienne de l'individu.
4. Cet éveil est la raison d'être de toute vie
individuelle.
David Spangler, cité dans l'Actualité des
religions nº 8, septembre 1999,
p. 43, cite les principales
caractéristiques de la vision Nouvel Âge, à savoir:
– Holistique (globalisante, car il existe
une seule réalité-énergie);
– Écologique (la Terre-Gaïa est notre mère,
chacun de nous est un neurone du système nerveux central de la Terre);
– Androgyne (l'arc-en-ciel et le Yin/Yang
sont deux symboles Nouvel Âge indiquant la complémentarité des
contraires, par ex: masculin et féminin);
– Mystique (en voyant le sacré partout,
même dans les choses les plus banales);
– Planétaire (les hommes doivent être à la
fois ancrés dans leur propre culture et ouverts à l'universel, capables de
promouvoir l'amour, la compassion, la paix, et même l'établissement d'un
gouvernement mondial).
7.2. Glossaire choisi
Androgynie: à la différence de l'hermaphrodisme, qui est la
présence des caractéristiques physiques des deux sexes, l'androgynie est
la conscience de la présence dans chaque individu d'éléments masculins et
féminins. Elle est décrite comme un état d'harmonie intérieure découlant
de l'équilibre entre animus et anima. Pour le Nouvel Âge,
c'est l'état qui résulte de la prise de conscience de ce double mode
d'être et d'exister propre à tout homme et à toute femme. Plus il se
répandra, plus il contribuera à modifier les rapports interpersonnels.
Anthroposophie: doctrine théosophique répandue à l'origine
par le Croate Rudolf Steiner (1861-1925), qui abandonna la Société
Théosophique après avoir dirigé sa branche allemande de 1902 à 1913. Cette
doctrine ésotérique entend initier les personnes à la « connaissance
objective » dans la sphère spirituelle-divine. Steiner croyait que
cela l'avait aidé à découvrir les lois de l'évolution du cosmos et de
l'humanité. Chaque être physique possède un double spirituel, et la vie
terrestre est influencée par les énergies astrales et les essences
spirituelles. On dit que les Chroniques d'Akasha sont la «
mémoire cosmique », accessible aux initiés.95
Chamanisme: pratiques et croyances liées à la communication
avec les esprits de la nature et ceux des défunts à travers la possession
ritualisée (par les esprits) du chaman, qui fait office de médium. Ces
pratiques ont séduit les cercles Nouvel Âge parce qu'elles mettent
l'accent sur l'harmonie avec les forces de la nature et sur la guérison.
Il s'y ajoute l'image romantique des religions indigènes et de leur
proximité à la Terre et à la nature.
Channeling: les médiums télépathes affirment servir de
canal, en transmettant des informations provenant d'autres êtres, le plus
souvent des entités désincarnées vivant sur un plan plus élevé. Ces
entités se composent d'êtres aussi différents que les maîtres
ascensionnés, les anges, les dieux, les groupes d'entités, les esprits de
la nature et le moi supérieur.
Christ: pour le Nouvel Âge, la figure historique de
Jésus est seulement l'incarnation d'une idée, d'une énergie ou d'un
ensemble de vibrations. Pour Alice Bailey, il faut un grand jour de
supplications, au cours duquel tous les croyants créeront une telle
concentration d'énergie spirituelle qu'il y aura une nouvelle incarnation
qui révèlera aux hommes comment ils peuvent se sauver... Pour beaucoup,
Jésus n'est rien d'autre qu'un maître spirituel qui, comme Bouddha, Moïse
et Mohammed, etc. a été habité par le Christ cosmique. Le Christ cosmique
est aussi connu comme l'énergie christique présente dans tout être et dans
tout l'être. Les individus vont être progressivement initiés à la
conscience de cet attribut christique qu'ils possèdent tous. Pour le
Nouvel Âge, le Christ représente l'état le plus élevé de perfection du
moi.96
Conscience planétaire: cette vision du monde, qui s'est
développée dans les années 1980, encourage le sentiment d'appartenance à
la communauté humaine, plutôt qu'à des nations, tribus ou autres groupes
sociaux établis. Elle s'inscrit dans le prolongement des mouvements qui
demandent un gouvernement mondial, apparus au début du XXe
siècle. La conscience de l'unité de l'humanité s'accorde bien avec
l'hypothèse Gaia.
Cristaux: on dit qu'ils vibrent à des fréquences
particulières. C'est pourquoi ils sont utilisés en vue de
l'auto-transformation, ainsi que dans diverses thérapies, dans la
méditation, la visualisation, le 'voyage astral' ou comme porte-bonheur.
Vus du dehors, ils n'ont pas de pouvoir intrinsèque, mais sont simplement
beaux.
Élargissement de la conscience: si le cosmos est la chaîne
ininterrompue des êtres, les différents niveaux d'existence minéral,
végétal, animal, humain, cosmique et divin sont tous interdépendants. Les
hommes prennent conscience de la place qu'ils occupent dans cette vision
holistique de la réalité globale en élargissant leur
conscience bien au-delà de ses limites normales. Le Nouvel Âge propose une
grande variété de techniques pour atteindre un niveau supérieur de
perception de la réalité, surmonter la séparation entre sujet et objet
dans le processus cognitif, pour parvenir à une fusion totale de ce que la
conscience inférieure et normale perçoit comme des réalités séparées et
distinctes.
Ennéagramme: (du grec ennéa = neuf et gramme =
signe) ce mot désigne un diagramme formé d'un cercle dont la circonférence
est marquée de neuf points qui, reliés entre eux, forment à l'intérieur du
cercle un triangle et un hexagramme. Employé à l'origine en divination, il
est aujourd'hui connu comme symbole d'un système permettant de classer les
personnalités en neuf types de caractères standards. Il est devenu à la
mode après la publication du livre d'Helen Palmer The
Enneagram,97 qui reconnaissait sa dette à l'égard du
penseur ésotérique et guérisseur russe G.I. Gurdjieff, du psychologue
chilien Claudio Naranjo et de l'auteur Oscar Ichazo, fondateur
d'Arica. L'origine de l'ennéagramme reste entourée de mystère, mais
certains disent qu'il proviendrait du mysticisme soufi.
Ère du Verseau: chaque ère astrologique, d'une durée
d'environ 2146, ans porte le nom d'un des signes zodiacaux, mais les
« grands jours » s'écoulent en sens inverse, de sorte que
l'ère actuelle des Poissons est en train de faire place à l'ère du
Verseau. Chaque ère a ses propres énergies cosmiques. Alors que l'énergie
des Poissons en a fait un temps de guerres et de conflits, celle du
Verseau sera un temps d'harmonie, de justice, de paix, d'unité, etc. De ce
point de vue, le Nouvel Âge admet l'inéluctabilité historique.
Certains soutiennent que l'ère du Bélier a été l'ère de la religion juive,
que l'ère des Poissons est celle du christianisme, et que l'ère du Verseau
sera celle de la religion universelle.
Ésotérisme: (du grec esotéros = ce qui est à
l'intérieur) indique généralement un corps ancien et caché de
connaissances, accessibles uniquement à des groupes d'initiés qui se
considèrent comme les gardiens de vérités cachées à la majeure partie de
l'humanité. Le processus d'initiation a pour but de faire passer les
individus d'une connaissance purement extérieure et superficielle de la
réalité à la vérité intérieure, et ce faisant, d'éveiller leur conscience
à un niveau plus profond. Ils sont alors invités à entreprendre un «
voyage intérieur » pour découvrir « l'étincelle divine »
en eux-mêmes. Le salut, dans cette optique, coïncide avec la découverte du
moi.
Évolution: pour le Nouvel Âge, c'est beaucoup plus
que l'évolution des êtres vivants vers des formes de vie supérieures. Le
modèle physique est rapporté aux mondes spirituels, de sorte qu'une force
immanente aux êtres humains les pousserait vers des formes supérieures de
vie spirituelle. Les hommes n'ont pas le plein contrôle de cette force,
mais leurs bonnes ou leurs mauvaises actions peuvent accélérer ou retarder
leur progression. La création tout entière, y compris l'humanité, est dite
avancer inéluctablement vers la fusion avec le divin. La réincarnation
occupe bien entendu une place importante dans cette vision d'une évolution
spirituelle progressive qui débuterait avant la naissance et continuerait
après la mort.98
Feng-shui: c'est une forme de géomancie, et plus précisément
une méthode occulte chinoise pour déceler la présence cachée de courants
positifs ou négatifs dans les édifices et autres lieux, grâce à la
connaissance des forces terrestres et atmosphériques. « À l'instar
du corps humain ou du cosmos, les sites sont des lieux parcourus par des
influx dont le juste équilibre est source de santé et de vitalité
».99
Gnose: au sens le plus général, c'est une forme de
connaissance non-intellectuelle, visionnaire ou mystique. Il est dit
qu'elle doit être révélée et qu'elle est capable de faire accéder l'homme
au mystère divin. Dans les premiers siècles du christianisme, les Pères de
l'Église luttèrent contre le gnosticisme, car il était en contradiction
avec la foi. Certains décèlent une renaissance des idées gnostiques dans
la pensée Nouvel Âge, et effectivement, divers auteurs de la
mouvance Nouvel Âge citent le gnosticisme antique. Toutefois, en
raison de l'accent mis par le Nouvel Âge sur le monisme et même sur le
panthéisme ou le panenthéisme, beaucoup préfèrent le qualifier de
néo-gnosticisme, pour distinguer la gnose Nouvel Âge du
gnosticisme antique.
Grande Fraternité Blanche: Mme Blavatsky disait être en
contact ave les mahatmas ou maîtres, des êtres supérieurs
qui forment ensemble la Grande Fraternité Blanche. Elle affirmait qu'ils
guident l'évolution de la race humaine et dirigent le travail de la
Société théosophique.
Hermétisme: ensemble de pratiques et de spéculations
philosophiques et religieuses liées aux écrits du Corpus Hermeticum
et aux textes alexandrins attribués à un personnage mythique du nom
d'Hermès Trismégiste. Quand il se répandit pour la première fois à
la Renaissance, on crut qu'il ressortait des doctrines pré-chrétiennes,
mais des études postérieures ont montré qu'il date des premiers siècles de
l'ère chrétienne.100 L'hermétisme alexandrin est la principale
source de l'ésotérisme moderne, avec lequel il a beaucoup de points
communs: éclectisme, refus du dualisme ontologique et affirmation du
caractère positif et symbolique de l'univers, idée de la chute suivie du
rétablissement de l'humanité. Les spéculations hermétiques ont renforcé la
croyance dans une antique tradition fondamentale, ou philosophia
perennis, commune à toutes les traditions religieuses. La haute magie
et la magie cérémonielle se sont développées à partir de l'hermétisme de
la Renaissance.
Holisme: concept-clé du « changement de
paradigme », il s'agirait d'un cadre théorique susceptible
d'intégrer toute la vision du monde de l'homme moderne. Par opposition à
l'expérience de fragmentation croissante constatée aussi bien dans la
science que dans la vie de tous les jours, la « totalité » est
présentée comme un concept méthodologique et ontologique central.
L'humanité se situe dans l'univers comme partie d'un organisme vivant
unique, d'un réseau harmonieux de rapports dynamiques. La distinction
classique entre sujet et objet, à propos de laquelle Descartes et Newton
sont critiqués, est contestée par un certain nombre de scientifiques qui
jettent un pont entre science et religion. L'humanité fait partie du
réseau global (écosystème, famille) de la nature et du monde, et doit
s'harmoniser avec chaque élément de cette autorité quasi transcendante.
Quand l'homme prend conscience de la place qu'il occupe dans la nature et
dans le cosmos, lui aussi divin, il comprend que « totalité »
et « sainteté » sont une seule et même chose. La formulation
la plus claire du concept de holisme se trouve dans « l'hypothèse
Gaia ».101
Initiation: en ethnologie religieuse, c'est le voyage
cognitif et/ ou expérienciel par lequel un individu est admis, seul ou
comme membre d'un groupe, à l'aide de rituels particuliers, dans une
communauté religieuse, une société secrète (par ex: la franc-maçonnerie)
ou une association mystérique (magique, ésotérique ou occultiste,
gnostique, théosophique, etc.).
Karma: (de la racine sanscrite Kri = action, fait)
notion-clé de l'hindouisme, du jaïnisme et du bouddhisme, il a fait
l'objet d'interprétations souvent très diverses. À l'origine, à l'époque
védique, il indiquait l'acte rituel, en général un sacrifice, par lequel
une personne accédait au bonheur ou à la béatitude de l'au-delà. Avec
l'apparition du jaïnisme et du bouddhisme (vers le VIe siècle
av.-J.C.) le karma perdit sa connotation salvifique: la voie de la
libération passait par la connaissance de l'atman ou «
soi ». Dans la doctrine du samsara, le karma devient le cycle
perpétuel de naissance et de mort des hommes (hindouisme) ou de
renaissance (bouddhisme).102 Dans l'optique du Nouvel
Âge, la « loi du karma » est souvent considérée comme
l'équivalent moral de l'évolution cosmique. Elle n'a donc plus rien à voir
avec le mal ou la souffrance, toutes illusions qu'il faut accepter comme
faisant partie d'un « jeu cosmique », mais est la loi
universelle de cause à effet, qui fait partie du grand mouvement de
l'univers interdépendant vers l'équilibre moral.103
Monisme: doctrine métaphysique selon laquelle les
différences entre les êtres sont illusoires. Il existe un seul être
universel, dont font partie toute chose et tout être. En affirmant que la
réalité est fondamentalement spirituelle, le monisme Nouvel Âge se
présente comme une forme contemporaine de panthéisme (il s'accompagne
souvent d'un rejet formel du matérialisme, et en particulier du marxisme).
Sa volonté d'éliminer tout dualisme ne laisse aucune place à un Dieu
transcendant, puisque tout est Dieu. Un autre problème qui se pose
pour le christianisme est la question de l'origine du mal. Pour C.G. Jung,
le mal est « le côté d'ombre » d'un Dieu qui, pour le théisme
classique, est au contraire un Dieu de toute bonté.
Mouvement de Développement du Potentiel Humain: depuis ses
débuts (à Esalen, en Californie, dans les années 1960), ce mouvement a
développé un réseau de groupes qui entendent libérer la capacité innée de
créativité de l'homme au moyen de l'auto- réalisation. Les techniques de
transformation personnelle sont utilisées par un nombre croissant
d'entreprises dans le cadre de leurs programmes de formation au
management, et ce pour des motifs d'ordre exclusivement économique. Les
Technologies Transpersonnelles, le Mouvement pour l'Éveil Spirituel
Intérieur, le Développement Organisationnel et la Transformation
Organisationnelle se présentent tous comme des mouvements non-religieux,
mais en réalité il est arrivé qu'une 'spiritualité' venue d'ailleurs soit
imposée aux employés de ces entreprises, dans des conditions qui posent le
problème de la liberté personnelle. Les liens entre la spiritualité
orientale et la psychothérapie sont évidents, tandis que la psychologie
junghienne et le Mouvement de Développement du Potentiel Humain ont
beaucoup influencé le chamanisme et certaines formes «
reconstruites » de paganisme, comme le druidisme et le Wicca. En
général, « la croissance personnelle » peut être considérée
comme la forme que prend le « salut religieux » dans le
mouvement Nouvel Âge, qui se dit capable de libérer les hommes de
leurs souffrances et de leurs faiblesses en développant leur potentiel
humain, pour qu'ils soient un contact toujours plus étroit avec leur Dieu
intérieur.104
Musique Nouvel Âge: c'est une industrie florissante.
Cette musique, qui est souvent présentée comme un moyen pour trouver
l'harmonie avec soi-même et avec le monde, est en partie «
celtique » ou druidique. Certains compositeurs Nouvel Âge
soutiennent que leur musique est capable de jeter un pont entre le
conscient et l'inconscient, mais c'est probablement le cas surtout quand,
à côté des mélodies, il y a répétition méditative et rythmique de
certaines phrases-clés. Comme d'autres phénomènes Nouvel Âge,
certaines de ces musiques sont destinées à insérer encore davantage les
personnes dans le mouvement Nouvel Âge, mais la plupart d'entre
elles sont purement commerciales ou artistiques.
Mysticisme: le mysticisme Nouvel Âge est plus une
concentration sur soi-même qu'une communion avec un Dieu «
totalement autre ». C'est une fusion avec l'univers, un
anéantissement total de l'individu dans l'unité du tout. Et puisque
l'expérience du moi équivaut à l'expérience du divin, c'est en soi qu'il
faut regarder pour découvrir la sagesse, la créativité et le pouvoir
authentiques.
Néo-paganisme: un titre souvent rejeté par ceux auxquels il
est donné, et qui se réfère à un courant qui court parallèlement au
Nouvel Âge et interagit avec lui. Dans la grande vague de rejet des
religions traditionnelles, et en particulier de l'héritage judéo-chrétien
de l'Occident, beaucoup sont retournés aux anciennes religions
autochtones, traditionnelles et païennes. Tout ce qui est antérieur
au christianisme est considéré comme plus conforme à l'esprit du pays ou
de la nation, comme une forme inaltérée de religion naturelle en contact
avec les forces de la nature, souvent matriarcale, magique ou chamaniste.
L'humanité sera plus épanouie si elle revient au cycle naturel des
festivités (agricoles) et à l'affirmation de la vie en général. Certaines
religions « néo-païennes » sont des reconstructions récentes
et leur lien avec les formes originaires est douteux, surtout lorsqu'elles
sont dominées par des éléments empruntés aux idéologies modernes tels que
l'écologie, le féminisme ou même, dans certains cas, les mythes de pureté
raciale.105
Occultisme: la connaissance occulte (cachée) et les forces
occultes psychiques et naturelles sont à la base de croyances et de
pratiques s'inspirant de la « philosophie pérenne » présumée
secrète, synthèse de magie et d'alchimie de la Grèce antique d'une part,
et du mysticisme juif de l'autre. Un code de secret est imposé aux initiés
des groupes et des sociétés chargées de conserver ces connaissances
et ces techniques, afin qu'elles restent cachées. Au XIXe
siècle, le spiritisme et la Société théosophique introduisirent de
nouvelles formes d'occultisme qui ont influencé à leur tour certains
courants du Nouvel Âge.
Panthéisme: (du grec pan = toute chose et
théos = Dieu) croyance que tout est Dieu, ou parfois aussi que tout
est en Dieu, et que Dieu est dans tout (panenthéisme). Chaque élément de
l'univers est divin, et la divinité est également présente en toute chose.
Cette vision ne laisse pas de place à Dieu comme personne distincte, tel
que le conçoit le théisme classique.
Parapsychologie: elle traite des phénomènes tels que la
perception extrasensorielle, la télépathie, la télékinésie, le traitement
psychique et la communication avec les esprits par l'intermédiaire d'un
médium ou channeling. En dépit des critiques acharnées des
scientifiques, la parapsychologie ne cesse de se renforcer et s'accorde
bien avec l'idée répandue dans certains milieux du Nouvel Âge selon
laquelle les hommes possèdent des capacités psychiques extraordinaires,
généralement à l'état latent.
Pensée positive: conviction que les individus ont la faculté
de changer la réalité physique ou les circonstances extérieures en
modifiant leur attitude mentale par des pensées positives et
constructives. Dans certains cas, il s'agit de devenir plus conscient de
certaines croyances nourries inconsciemment qui déterminent notre vie. Les
adeptes de la Pensée positive croient que leur attitude leur donnera la
santé et le bien-être, souvent la prospérité, et parfois même
l'immortalité
Penser Nouveau: mouvement religieux fondé aux États-Unis au
XIXe siècle. Il prend sa source dans l'idéalisme, dont il
devint une forme très répandue. Dieu est totalement bon, et le mal n'est
qu'une illusion. La réalité fondamentale est la pensée. Et puisque la
pensée est la cause des événements de la vie, chacun est
responsable, en définitive, de tous les aspects de sa condition.
Psychologie des profondeurs: école de psychologie fondée par
C.G. Jung, un ancien élève de Freud. Jung reconnaissait que la religion et
les questions spirituelles ont une grande influence sur le bien-être et la
santé des individus. Sa méthode se base principalement sur
l'interprétation des rêves et l'analyse des archétypes. Les archétypes
sont des formes appartenant à la structure héréditaire du psychisme
humain, et qui apparaissent dans les motifs récurrents ou les images des
rêves, rêveries, mythes et contes de fée.
Rebirthing: Au début des années 1970, Léonard Orr a décrit
le rebirthing comme un processus permettant à l'individu
d'identifier et d'isoler les domaines non-résolus de sa conscience qui
sont à l'origine de ses problèmes actuels.
Réincarnation: dans le Nouvel Âge, la réincarnation
est liée à la notion d'évolution ascendante vers le divin. À l'opposé des
religions indiennes ou de celles qui s'en inspirent, le Nouvel Âge
voit la réincarnation comme une progression de l'âme individuelle vers une
plus grande perfection. Ce qui se réincarne est essentiellement la partie
la plus immatérielle ou spirituelle de la personne, et plus précisément
c'est sa conscience, cette étincelle d'énergie qui participe de l'énergie
cosmique ou « christique ». La mort n'est alors que le passage
de l'âme d'un corps à un autre.
Rose-Croix: groupes occultes occidentaux qui pratiquent
l'alchimie, l'astrologie, la théosophie et l'interprétation kabbalistique
des Écritures. La Fraternité de la Rose-Croix a contribué au
renouveau de l'astrologie au XXe siècle, et l'Ancien et
Mystique Ordre des Rose-Croix (AMORC) liait le succès à une capacité
présumée de matérialiser les images mentales de santé, richesse et
bonheur.
Spiritisme: Si les tentatives pour contacter les esprits des
défunts ont toujours existé, le spiritisme du XIXe est un des
courants qui ont conflué dans le Nouvel Âge. Il s'est développé
dans le sillage des idées de Swedenborg et Mesmer, au point de devenir une
nouvelle sorte de religion. Madame Blavatsky était un médium, et le
spiritisme avait une place importante dans la Société théosophique, bien
que l'accent soit mis sur le contact avec les entités d'un passé lointain
plutôt qu'avec les personnes décédées récemment. Allan Kardec contribua
beaucoup à la diffusion du spiritisme dans les religions
afro-brésiliennes. On trouve également des éléments spirites au sein de
certains Nouveaux Mouvements Religieux japonais.
Théosophie: terme ancien qui, à l'origine, désignait un type
de mysticisme. Attribué aux gnostiques et aux néoplatoniciens grecs, à
Maître Eckhart, à Nicolas de Cuse et à Jacob Boehme, il fut repris par la
Société théosophique fondée en 1875 par Helena Petrovna Blavatsky et
d'autres. Le mysticisme théosophique tend à être moniste, puisqu'il
insiste sur l'unité essentielle des composantes spirituelle et matérielle
de l'univers. Il s'intéresse aussi aux forces cachées qui rendent possible
l'interaction entre matière et esprit, pour que l'esprit humain et
l'esprit divin puissent se rencontrer finalement. En cela, la théosophie
offre la rédemption mystique ou illumination.
Transcendantalisme: mouvement apparu au XIXe
siècle en Nouvelle Angleterre, réunissant des écrivains et des penseurs
qui partageaient un ensemble de croyances idéalistes dans l'unité
essentielle de la création, la bonté innée de la personne humaine, la
supériorité de l'intuition sur la logique et l'expérience pour découvrir
les vérités cachées. Son principal représentant fut Ralph Waldo Emerson
qui, après avoir abandonné le christianisme orthodoxe au profit de
l'unitarisme, passa à un nouveau mysticisme de la nature qui intégrait
certaines croyances hindouistes à des tendances plus proprement
américaines tels que l'individualisme, la responsabilité personnelle et la
nécessité de réussir.
Wicca: ce vieux terme anglais pour désigner les sorcières a
été donné à un renouveau néo-païen d'éléments de magie rituelle. Il fut
lancé en Angleterre en 1939 par Gerald Gardner qui, en se basant sur des
documents d'archives, soutenait que la sorcellerie européenne du Moyen Âge
était une ancienne religion de la nature persécutée par le christianisme.
Appelé aussi « the Craft » (l'art),ce mouvement essaima
rapidement aux États-Unis dans les années 1960, où il rencontra le courant
de spiritualité féminine « Women's spirituality ».
7.3. Hauts lieux du Nouvel Âge
Esalen: communauté fondée à Big Sur, en Californie, en 1962
par Michael Murphy et Richard Price. Son but principal était d'arriver à
l'auto-réalisation au moyen du nudisme et des visions et à l'aide des
« thérapies douces ». Devenu l'un des principaux centres du
Mouvement du Potentiel Humain, elle répandit les
idées de la médicine
holistique dans le monde de l'éducation, de la politique et de l'économie
au moyen de cours de religions comparées, mythologie, mysticisme,
méditation, psychothérapie, élargissement de la conscience, et ainsi de
suite. Avec Findhorn, elle est considérée comme un des hauts lieux du
développement de la conscience du Verseau. L'Institut soviéto-américain
d'Esalen coopéra avec les fonctionnaires soviétiques à un projet de
promotion de la santé.
Findhorn: cette communauté agricole holistique créée par
Peter et Eileen Caddy réussit à faire pousser des plantes énormes avec des
méthodes non-orthodoxes... « La fondation de la communauté de
Findhorn en Écosse en 1965 fut un jalon important dans le mouvement dit
Nouvel Âge. En effet, Findhorn 'incarnait ses grands idéaux de
transformation'. La recherche d'une conscience universelle, l'objectif de
l'harmonie avec la nature, la vision d'un monde transformé et la pratique
du channeling, qui deviendront les signes distinctifs du mouvement
Nouvel Âge, étaient présents à Findhorn dès sa fondation. Le succès
de cette communauté en fit un modèle et/ou une source d'inspiration pour
d'autres groupes, tels que celui des Alternatifs à Londres, celui d'Esalen
à Big Sur en Californie, et l'Institut Open Center and Omega de New
York ».106
Monte Verità: communauté utopiste située près d'Ascona en
Suisse. Depuis la fin du XIXe siècle, c'est le lieu de
rendez-vous des membres européens et américains de la contre-culture dans
les domaines de la politique, de la psychologie, de l'art et de
l'écologie. Les conférences d'Eranos s'y tiennent chaque année
depuis 1933, réunissant les grands luminaires du Nouvel Âge. Son
annuaire révèle l'intention de créer une religion mondiale
intégrée.107 Il est fascinant de consulter la liste de ceux qui
se sont réunis au cours de toutes ces années à Monte Verità.
8
RÉFÉRENCES
8.1. Documents du magistère de l'Église catholique
Jean-Paul II, Discours aux évêques américains de l'Iowa,
du Kansas, du Missouri et du Nebraska en visite « Ad Limina »
28 mai 1993.
Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre aux
évêques de l'Église catholique sur quelques aspects de la méditation
chrétienne (Orationis Formas), Cité du Vatican (Éditions polyglottes
du Vatican) 1989.
Commission Théologique Internationale, Quelques questions
actuelles concernant l'eschatologie, (Doc. Cath.. n. 2069 du 4
avril 1993) (sur la réincarnation).
Commission Théologique Internationale, Le Dieu
Rédempteur: questions choisies, (Doc. Cath. n. 2143 des 4-18
août 1996).
Comité pour la Culture de la Conférence des évêques
d'Argentine , Frente a una Nueva Era. Desafio a la pastoral en el
horizonte de la Nueva Evangelización, 1993.
Godfried Danneels, Au-delà de la mort: réincarnation et
résurrection, Lettre pastorale, Pâque 1991.
Godfried Danneels, Le Christ ou le Verseau? Lettre
pastorale, Noël 1990 (D.C. n. 2021 du 3 février 1991).
Groupe de Travail sur les Nouveaux Mouvements Religieux,
Cité du Vatican, Sectes et nouveaux mouvements religieux. Anthologie de
textes de l'Eglise Catholique, 1986-1994, Paris (Téqui) 1995.
Irish Theological Commission, A New Age of the Spirit? A
Catholic Response to the New Age Phenomenon, Dublin 1994.
Carlo Maccari, « La 'mistica cosmica' del New
Age », in Religioni e Sette nel Mondo 1996/2.
Carlo Maccari, La New Age di fronte alla fede
cristiana, Turin (LDC) 1994.
Edward Anthony McCarthy, The New Age Movement,
Instruction pastorale, 1992.
Paul Poupard, Felicità e fede cristiana, Casale
Monferrato (Ed. Piemme) 1992.
Joseph Ratzinger, La fede e la teologia ai nostri
giorni, Guadalajara, mai 1996, in L'Osservatore Romano 27
octobre 1996.
Norberto Rivera Carrera, Instrucción Pastoral sobre el
New Age, 7 janvier 1996.
Christoph von Schönborn, Risurrezione e reincarnazione,
(traduction en italien) Casale Monferrato (Piemme) 1990.
J. Francis Stafford, Il movimento « New Age »,
in L'Osservatore Romano, 30 octobre 1992.
8.2. Études chrétiennes
Raúl Berzosa Martinez, Nueva Era y Cristianismo. Entre el
diálogo y la ruptura, Madrid (BAC) 1995.
André Fortin, Les Galeries du Nouvel Age: un chrétien s'y
promène, Ottawa (Novalis) 1993.
Claude Labrecque, Une religion américaine. Pistes de
discernement chrétien sur les courants populaires du "Nouvel Age",
Montréal (Médiaspaul) 1994.
The Methodist Faith and Order Committee, The New Age
Movement Report to Conference 1994.
Aidan Nichols, « The New Age Movement », in
The Month, mars 1992, pp. 84-89.
Alessandro Olivieri Pennesi, Il Cristo del New Age.
Indagine critica, Cité du Vatican (Libreria Editrice Vaticana)
1999.
Ökumenische Arbeitsgruppe « Neue Religiöse Bewegungen
in der Schweiz », Nouvel Âge – aus christlicher Sicht,
Freiburg (Paulusverlag) 1987.
Mitch Pacwa s.j., Catholics and the New Age. How Good
People are being drawn into Jungian Psychology, the Enneagram and the New
Age of Aquarius, Ann Arbor MI (Servant) 1992.
Arild Romarheim, The Aquarian Christ. Jesus Christ as
Portrayed by New Religious Movements, Hong Kong (Good Tiding)
1992.
John Saliba, Christian Responses to the New Age Movement.
A Critical Assessment, London (Chapman) 1999.
Josef Sudbrack, SJ, Neue Religiosität – Herausforderung
für die Christen, Mainz (Matthias-Grünewald-Verlag) 1987 = La nuova
religiosità: una sfida per i cristiani, Brescia (Queriniana) 1988.
« Theologie für Laien », Faszination
Esoterik, Zürich (Theologie für Laien) 1996.
Juan Carlos Urrea Viera, « New Age ». Visión
Histórico-Doctrinal y Principales Desafíos, Santafé de Bogotá (CELAM)
1996.
David Toolan, Facing West from California's Shores. A
Jesuit's Journey into Nouvel Âge Consciousness, New York (Crossroad)
1987.
Jean Vernette, « L'avventura spirituale dei figli
dell'Acquario », in Religioni e Sette nel Mondo 1996/2.
Jean Vernette, Jésus dans la nouvelle religiosité,
Paris (Desclée) 1987.
Jean Vernette, Le Nouvel Âge, Paris (P.U.F.)
1992.
9
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE
9.1. Quelques ouvrages du Nouvel Âge
William Bloom, The New Age. An Anthology of Essential
Writings, London (Rider) 1991.
Fritjof Capra, The Tao of Physics: An Exploration of the
Parallels between Modern Physics and Eastern Mysticism, Berkeley
(Shambhala) 1975.
Fritjof Capra, The Turning Point: Science, Society and
the Rising Culture, Toronto (Bantam) 1983.
Benjamin Creme, The Reappearance of Christ and the
Masters of Wisdom, London (Tara Press) 1979.
Marilyn Ferguson, Les enfants du Verseau. Pour un nouveau
paradigme, Paris (Calman-Lévy) 1981.
Chris Griscom, Ecstasy is a New Frequency: Teachings of
the Light Institute, New York (Simon & Schuster) 1987.
Thomas Kuhn, The Structure of Scientific Revolutions,
Chicago (University of Chicago Press) 1970.
David Spangler, The New Age Vision, Forres (Findhorn
Publications) 1980.
David Spangler, Revelation: The Birth of a New Age,
San Francisco (Rainbow Bridge) 1976.
David Spangler, Towards a Planetary Vision, Forres
(Findhorn Publications) 1977.
David Spangler, The New Age, Issaquah (The
Morningtown Press) 1988.
David Spangler, The Rebirth of the Sacred, London
(Gateway Books) 1988.
9.2. Travaux historiques, descriptifs et
analytiques
Christoph Bochinger, « New Age » und moderne
Religion: Religionswissenschaftliche Untersuchungen, Gütersloh
(Kaiser) 1994.
Bernard Franck, Lexique du Nouvel Âge, Paris
(Droguet-Ardant) 1993.
Hans Gasper, Joachim Müller and Friederike Valentin,
Lexikon der Sekten, Sondergruppen und Weltanschauungen. Fakten,
Hintergründe, Klärungen, updated edition, Freiburg-Basel-Vienna
(Herder) 2000. See, inter alia, the article « New Age » by
Christoph Schorsch, Karl R. Essmann and Medard Kehl, and «
Reinkarnation » by Reinhard Hümmel.
Manabu Haga and Robert J. Kisala (eds.), « The Nouvel
Âge in Japan », in Japanese Journal of Religious Studies,
Fall 1995, vol. 22, n. 3 et 4.
Wouter J. Hanegraaff, New Age Religion and Western
Culture. Esotericism in the Mirror of Nature, Leiden-New York-Köln
(Brill) 1996. Ce livre contient une bibliographie très complète.
Paul Heelas, The New Age Movement. The Celebration of the
Self and the Sacralization of Modernity, Oxford (Blackwell) 1996.
Massimo Introvigne, New Age & Next Age, Casale
Monferrato (Piemme) 2000.
Michel Lacroix, L'Ideologia della New Age, Milano (Il
Saggiatore) 1998.
J. Gordon Melton, New Age Encyclopedia, Detroit (Gale
Research) 1990.
Elliot Miller, A Crash Course in the New Age,
Eastbourne (Monarch) 1989.
Georges Minois, Histoire de l'athéisme, Paris
(Fayard) 1998.
Arild Romarheim, The Aquarian Christ. Jesus Christ as
Protrayed by New Religious Movements, Hong Kong (Good Tiding)
1992.
Hans-Jürgen Ruppert, Durchbruch zur Innenwelt.
Spirituelle Impulse aus New Age und Esoterik in kritischer
Beleuchtung, Stuttgart (Quell Verlag) 1988.
Edwin Schur, The Awareness Trap. Self-Absorption instead
of Social Change, New York (McGraw Hill) 1977.
Rodney Stark and William Sims Bainbridge, The Future of
Religion. Secularisation, Revival and Cult Formation, Berkeley
(University of California Press) 1985.
Steven Sutcliffe and Marion Bowman (eds.), Beyond the New
Age. Exploring Alternative Spirituality, Edinburgh (Edinburgh
University Press), 2000.
Charles Taylor, Sources of the Self. The Making of the
Modern Identity, Cambridge (Cambridge University Press) 1989.
Charles Taylor, The Ethics of Authenticity, London
(Harvard University Press) 1991.
Edênio Valle s.v.d., « Psicologia e energias da mente:
teorias alternativas », in A Igreja Católica diante do pluralismo
religioso do Brasil (III). Estudos da CNBB n. 71, São Paulo (Paulus)
1994.
World Commission on Culture and Development, Our Creative
Diversity. Report of the World Commission on Culture and Development,
Paris (UNESCO) 1995.
M. York, « The New Age Movement in Great
Britain », in Syzygy. Journal of Alternative Religion and
Culture, 1:2-3 (1992) Stanford CA.
1Paul Heelas, The New Age Movement. The Celebration of
the Self and the Sacralization of Modernity, Oxford (Blackwell) 1996,
p. 137.
2Cf. P. Heelas, op. cit., p. 164 ss.
3Cf. P. Heelas, op. cit., p. 173.
4Cf. Jean Paul II, Lettre Encyclique Dominum
et vivificantem (18.5.1986), 53.
5Cf. Gilbert Markus o.p., « Celtic
Schmeltic », (1) in Spirituality, vol.
4,
November-December 1998, No 21, pp. 379-383; et (2) in
Spirituality, vol. 5,
January-February 1999, No 22, pp.
57-61.
6Jean Paul II, Entrez dans l'espérance,
Paris (Plon) 1994, p. 147.
7Cf. en particulier Massimo Introvigne, New
Age & Next Age, Casale Monferrato (Piemme) 2000.
8M. Introvigne, op. cit., p. 267.
9Cf. Michel Lacroix, L'Ideologia della New
Age, Milano (il Saggiatore) 1998,
p. 86. Le mot « secte
» n'est pas employé ici dans un sens péjoratif, mais simplement pour
indiquer un phénomène sociologique.
10Cf. Wouter J. Hanegraaff, New Age Religion
and Western Culture. Esotericism in the Mirror of Secular Thought,
Leiden-New York-Köln (Brill) 1996, p. 377 et ailleurs.
11Cf. Rodney Stark and William Sims Bainbridge,
The Future of Religion. Secularisation, Revival and Cult Formation,
Berkeley (University of California Press) 1985.
12Cf. M. Lacroix, op. cit., p. 8.
13Le cours suisse « Theologie für
Laien » intitulé Faszination Esoterik expose cela de façon
très claire. Cf. « Kursmappe 1 – New Age und Esoterik
», texte pour accompagner des diapositives, p. 9.
14Ce terme était déjà utilisé dans le titre de
The New Age Magazine, par le Rite maçonnique écossais d'ancienne
obédience dans la juridiction Sud des États-Unis dès 1900. Cf. M. York,
« The New Age Movement in Great Britain », in
Syzygy. Journal of Alternative Religion and Culture, 1: 2-3 (1992),
Stanford CA, p. 156, note 6. Le calendrier et la nature exacte des
changements du Nouvel Âge sont interprétés différemment par
plusieurs autheurs; estimation de calendrier allant de1967 à 2376.
15À la fin de 1977, Marilyn Ferguson envoya un
questionnaire à 210 « personnes engagées dans la transformation
sociale », qu'elle appela « Conspirateurs du Verseau ».
La question suivante est intéressante: « Lorsqu'on a demandé aux
personnes interrogées de citer des individus dont les idées les ont
influencées, soit à travers un contact personnel, soit par leurs écrits,
ceux qui furent le plus souvent nommés, dans l'ordre de fréquence, furent
Pierre Teilhard de Chardin, C.G. Jung, Abraham Maslow, Carl Rogers, Aldous
Huxley, Robert Assagioli, et J. Krishnamurti. Parmi les autres noms
souvent mentionnés: Paul Tillich, Hermann Hesse, Alfred North Whitehead,
Martin Buber, Ruth Benedict, Margaret Mead, Gregory Bateson, Tarthang
Tulku, Alan Watts, Sri Aurobindo, Swami Muktananda, D.T. Suzuki, Thomas
Merton, Willis Harman, Kenneth Boulding, Elise Boulding, Erich Fromm,
Marshall McLuhan, Buckminster Fuller, Frederic Spiegelberg, Alfred
Korzybski, Heinz von Foerster, John Lilly, Werner Erhard, Oscar Ichazo,
Maharishi Mahesh Yogi, Joseph Chilton Pearce, Karl Pribram, Gardner
Murphy, et Albert Einstein ». The Aquarian Conspiracy. Personal
and Social Transformation in Our Time,
Los Angeles (Tarcher) 1980, p. 50 (note 1) et p. 434,
traduit en français sous le titre Les enfants du Verseau. Pour un
nouveau paradigme.
16W.J. Hanegraaff, op. cit., p. 520.
17Irish Theological Commission, A New Age of
the Spirit? A Catholic Response to the New Age Phenomenon, Dublin
1994, chap. 3.
18Cf. The Structure of Scientific
Revolutions, Chicago (University of Chicago Press), 1970, p. 175.
19Cf. Alessandro Olivieri Pennesi, Il Cristo
del New Age. Indagine critica, Cité du Vatican (Libreria editrice
vaticana) 1999, passim, mais spécialement pp. 11-34. Voir aussi le
paragraphe 4 ci-dessous.
20Il vaut la peine de rappeler les paroles de
cette chanson, qui se sont vite gravées dans l'esprit de toute une
génération d'Américains et d'Européens:
“Quand la lune sera dans la
septième maison, et Jupiter aligné sur Mars, / la paix guidera les
planètes, et l'amour conduira les étoiles. / Voici que se lèvera l'Ère du
Verseau... / Harmonie, loyauté, clarté, sympathie, lumière et vérité; /
personne ne supprimera la liberté, personne ne musellera l'esprit; / la
mystique nous donnera de comprendre et l'homme reprendra à penser, / grâce
au Verseau...”
21P. Heelas, op. cit., p. 1 ss. Le Journal
de la Berkeley Christian Coalition d'août 1978 présente ainsi les
choses: « Il y a juste dix ans, la spiritualité 'funky' basée sur
les drogues des hippies et le mysticisme des yogi orientaux étaient
circonscrits à la contre-culture. Aujourd'hui, il se sont tous deux
introduits dans le courant principal de notre mentalité culturelle. La
science, les professions de la santé et les arts, pour ne pas parler de la
psychologie et de la religion, sont engagées dans une reconstruction
fondamentale de leurs prémisses de base ». Cité dans Marilyn
Ferguson, op.cit., p. 370 ss.
22Cf. Chris Griscom, Ecstasy is a New
Frequency: Teachings of the Light Institute, New York (Simon &
Schuster) 1987, p. 82.
23Voir le lexique des termes New Age, §
7.2 ci-après.
24Cf. W.J. Hanegraaf, op. cit., Leiden-New
York-Köln (Brill) 1996, chapitre 15 (« The Mirror of Secular
Thought »). Le système des correspondances, qui provient
manifestement de l'ésotérisme traditionnel, a pris une nouvelle
signification pour ceux qui (consciemment ou pas) suivent Swedenborg.
Alors que, dans la doctrine ésotérique traditionnelle, chaque élément
naturel porte en lui la vie divine, pour Swedenborg la nature est le
reflet inanimé du monde spirituel vivant. Cette idée est au cœur de la
vision post-moderne d'un monde désenchanté et des différentes tentatives
pour le « ré-enchanter ». Mme Blavatsky rejette les
correspondances, et Jung a beaucoup relativisé la causalité au profit
d'une conception ésotérique du monde des correspondances.
25W.J. Hanegraaff, op. cit., pp.
54-55.
26Cf. Reinhard Hümmel, «
Reinkarnation », in Hans Gasper, Joachim
Müller, Friederike
Valentin (eds.), Lexikon der Sekten, Sondergruppen und
Weltanschauungen. Fakten, Hintergründe, Klärungen, Freiburg-Basel-Wien
(Herder) 2000,
pp. 886-893.
27Michael Fuss, « New Age and Europe – A
Challenge for Theology », in Mission Studies Vol. VIII-2, 16,
1991, p. 192.
28Ibid., loc. cit.
29Ibid., p. 193.
30Ibid., p. 199.
31Congrégation pour la Doctrine de la Foi,
Lettre aux évêques de l'Eglise
Catholique sur quelques aspects de la
méditation chrétienne (Orationis Formas), 1989, 14. Cf. Gaudium et
Spes, 19; Fides et Ratio, 22.
32W.J. Hanegraaff, op. cit., p. 448 ss.
Ces objectifs sont tirés de la version finale (1896), des versions
antérieures à celle-ci mettant l'accent sur l'irrationalité du «
fanatisme » et l'urgence de promouvoir une éducation non sectaire.
Hanegraaff cite la description de J. Gordon Melton de la religion New
Age qui prend racine dans la tradition « occulte
métaphysique » (ibid., p. 455).
33W.J. Hanegraaff, op. cit., p. 513.
34Thomas M. King s.j., « Jung and Catholic
Spirituality », in America, 3 April 1999, p. 14. L'auteur
fait remarquer que les adeptes du Nouvel Âge « citent des
passages ayant trait au I Ching, à l'astrologie et au Zen, tandis que les
catholiques citent des passages ayant trait aux mystiques chrétiens, à la
liturgie et à la valeur psychologique du sacrement de la
réconciliation » (p. 12). Il fait aussi la liste des personnalités
catholiques et des institutions spirituelles clairement inspirées et
guidées par la psychologie junghienne.
35Cf. W.J. Hanegraaff, op. cit., p. 501
ss.
36Carl Gustav Jung, Wandlungen und Symbole der
Libido, quoted in Hanegraaff, op. cit., p. 503.
37Sur ce point cf. Michel Schooyans,
L'Évangile face au désordre mondial, avec une préface du Cardinal
Joseph Ratzinger, Paris (Fayard) 1997.
38Cité dans le texte de la Communauté Maranatha
The True and the False New Age. Introductory Ecumenical Notes,
Manchester (Maranatha) 1993, 8.10 – la numération de pages originale n'est
pas spécifiée.
39Michel Lacroix, L'Ideologia della New
Age, Milano (il Saggiatore) 1998,
p. 84 ss.
40Cf. la présentation des idées de David Spangler
dans Actualité des religions nº 8, septembre 1999, p. 43.
41M. Ferguson, op. cit., p. 407.
42Ibid., p. 411.
43« Être Américain... c'est précisément
imaginer un destin plutôt que d'en hériter un. Nous avons toujours
été des hôtes du mythe plus que de l'histoire »: Leslie Fiedler,
citée dans Marilyn Ferguson, op. cit., p. 142.
44Cf. P. Heelas, op. cit., p. 173 ss.
45David Spangler, The New Age, Issaquah
(Mornington Press) 1988, p. 14.
46P. Heelas, op. cit., p. 168.
47Voir l'ouvrage de Michel Schooyans,
L'Évangile face au désordre mondial, avec une préface du cardinal
Joseph Ratzinger, Paris (Fayard) 1997.
48Cf. Our Creative Diversity. Report of the
World Commission on Culture and Development, Paris (UNESCO) 1995, qui
montre l'importance donnée à la célébration et la promotion de la
diversité.
49Cf. Christoph Bochinger, « New
Age » und moderne Religion: Religionswissenschaftliche
Untersuchungen, Gütersloh (Kaiser) 1994, notamment le chapitre 3.
50Les lacunes des techniques qui ne sont pas
vraiment des prières sont exposées plus loin, au § 3.4, « Mystique
chrétienne et mystique New Age ».
51Cf. Carlo Maccari, « La 'mistica cosmica'
del New Age », in Religioni e Sette nel Mondo
1996/2.
52Jean Vernette, « L'avventura spirituale
dei figli dell'Acquario », in Religioni e Sette nel Mondo
1996/2, p. 42 ss.
53Jean Vernette, loc. cit.
54Cf. J. Gordon Melton, New Age
Encyclopedia, Detroit (Gale Research 1990), pp. xiii-xiv.
55David Spangler, The Rebirth of the
Sacred, London (Gateway Books) 1984, p. 78 ss.
56D. Spangler, The New Age, op. cit., p.
13 ss.
57Jean Paul II, Lettre Apostolique Tertio
Millennio Adveniente (10.11.1994), 9.
58Matthew Fox, The Coming of the Cosmic
Christ. The Healing of Mother Earth and the Birth of a Global Renaissance,
San Francisco (Harper & Row) 1988, p. 135.
59Cf. le document publié par le Comité pour la
Culture de la Conférence épiscopale argentine: Frente a una Nueva Era.
Desafío a la pastoral en el horizonte de la Nueva Evangelización,
1993.
60Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi,
Orationis Formas, 23.
61Ibid., 3. Voir les paragraphes sur la
méditation et la prière contemplative dans le Catéchisme de l'Église
Catholique, §§. 2705-2719.
62Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi,
Orationis Formas, 13.
63Cf. Brendan Pelphrey, « I said, You are
Gods. Orthodox Christian Theosis and Deification in the New
Religious Movements » in Spirituality East and West, Easter
2000 (No. 13).
64Adrian Smith, God and the Aquarian Age. The
new era of the Kingdom, Great Wakering (McCrimmons) 1990, p. 49.
65Cf. Benjamin Creme, The Reappearance of
Christ and the Masters of Wisdom, London (Tara Press) 1979, p.
116.
66Cf. Jean Vernette, Le New Age, Paris
(P.U.F.) 1992 (Collection Encyclopédique Que sais-je? ), p. 14.
67Catéchisme de l'Église Catholique, §
52.
68Cf. Alessandro Olivieri Pennesi, Il Cristo
del New Age. Indagine Critica, Cité du Vatican (Libreria Editrice
Vaticana) 1999, notament les pages 13-34. La liste des points communs se
trouve p. 33.
69Credo de Nicée-Constantinople.
70Michel Lacroix, L'Ideologia della New Age,
Milano (Il Saggiatore) 1998,
p. 74.
71Ibid., p. 68.
72Edwin Schur, The Awareness Trap.
Self-Absorption instead of Social Change, New York (McGraw Hill) 1977,
p. 68.
73Cf. Catéchisme de l'Église Catholique,
§§ 355-383.
74Cf. Paul Heelas, The New Age Movement. The
Celebration of the Self and the Sacralization of Modernity, Oxford
(Blackwell) 1996, p. 161.
75A Catholic Response to the New Age
Phenomenon, Irish Theological Commission 1994, chapitre 3.
76Congrégation pour la Doctrine de la Foi,
Orationis Formas, 3.
77 Ibid., 7.
78William Bloom, The New Age. An Anthology of
Essential Writings, London (Rider) 1991, p. xvi.
79Catéchisme de l'Église
Catholique, § 387.
80Ibid., § 1849.
81Ibid., § 1850.
82Jean Paul II, Lettre apostolique sur le sens
de la souffrance humaine (Salvifici dolo- ris - 11.2.1984) 19.
83Cf. D. Spangler, The New Age, op. cit.,
p. 28.
84Cf. Jean Paul II, Lettre Encyclique
Redemptoris Missio (7.12.1990) 6 et 28, et la Déclaration de la
Congrégation pour la Doctrine de la Foi Dominus Jesus
(6.8.2000), 12.
85Cf. R. Rhodes, The Counterfeit Christ of the
New Age Movement, Grand Rapids (Baker) 1990, p. 129.
86Helen Bergin o.p., « Living One's
Truth », in The Furrow, janvier 2000,
p. 12.
87Ibid., p. 15.
88Cf. P. Heelas, op. cit., p. 138.
89Elliot Miller, A Crash Course in the New
Age, Eastbourne (Monarch) 1989, p. 122. Pour une documentation sur
l'attitude fortement anti-chrétienne du spiritisme, cf. R. Laurence Moore,
« Spiritualism », in Edwin S. Gaustad (ed.), The Rise of
Adventism: Religion and Society in Mid-Nineteenth-Century America, New
York 1974, pp. 79-103, et aussi R. Laurence Moore, In Search of White
Crows: Spiritualism, Parapsychology, and American Culture, New York
(Oxford University Press) 1977.
90Cf. Jean Paul II, Lettre Encyclique Fides et
Ratio (14.9.1998), 36-48.
91Cf. Jean Paul II, Discours aux Évêques
américains de Iowa, Kansas, Missouri et Nebraska à l'occasion de leur
visite « Ad Limina », 28 mai 1993.
92Cf. Jean Paul II, Exhortation Apostolique
Post-Synodale Ecclesia in Africa (14.9.1995), 103. Le
Conseil Pontifical pour la Culture a publié un guide qui recense ces
centres dans le monde entier: Catholic Cultural Centres (3ème
édition, Cité du Vatican, 2001).
93Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi,
Orationis Formas, et le chapitre 3 ci-dessus.
94Il s'agit d'un domaine où le manque
d'information peut permettre à des groupes dont le vrai programme est
hostile au message de l'Évangile d'induire ces responsables de l'éducation
en erreur. C'est le cas en particulier dans les écoles, où un auditoire de
jeunes curieux et obligés d'écouter est un objectif idéal pour le
marchandisage idéologique. Cf. le caveat in Massimo Introvigne,
New Age & Next Age, Casale Monferrato (Piemme) 2000, p. 277
ss.
95Cf. J. Badewien, Antroposofia, in H.
Waldenfels (ed.) Nuovo Dizionario delle Religioni, Cinisello
Balsamo (San Paolo) 1993, p. 41.
96Cf. Raúl Berzosa Martinez, Nueva Era y
Cristianesimo, Madrid (BAC) 1995, p. 214.
97Helen Palmer, The Enneagram, New York
(Harper-Row) 1989.
98Cf. le document, cité ci-dessus, de la
Conférence épiscopale argentine.
99J. Gernet, in J.-P. Vernant et al., Divination
et Rationalité, Paris (Seuil) 1974, p. 55.
100Cf. Susan Greenwood, « Gender and Power
in Magical Practices », in Steven Sutcliffe and Marion Bowman
(eds.), Beyond New Age. Exploring Alternative Spirituality,
Edinburgh (Edinburgh University Press) 2000, p. 139.
101Cf. M. Fuss, op. cit., pp.198-199.
102Cf. Carlo Maccari, La « New Age
» di fronte alla fede cristiana, Leumann- Torino (LCD) 1994,
p.168.
103Cf. Hanegraaff, op. cit., pp.
283-290.
104Pour un traitement bref mais clair du
Mouvement du Potentiel Humain, voir Elizabeth Puttick, « Personal
Development: the Spiritualisation and Secularisation of the Human
Potential Movement », in: Steven Sutcliffe and Marion Bowman (eds.),
Beyond New Age. Exploring Alternative Spirituality, Edinburgh
(Edinburgh University Press) 2000, pp. 201-219.
105Sur ce dernier point très délicat, voir
l'article de Eckhard Türk « Neonazismus » in Hans Gasper,
Joachim Müller, Friederike Valentin (eds.), Lexikon der Sekten,
Sondergruppen und Weltanschauungen. Fakten, Hintergründe, Klärungen,
Freiburg-Basel-Wien (Herder) 2000, p. 726.
106Cf. John Saliba, Christian Responses to the
New Age Movement. A Critical Assessment, London, (Geoffrey Chapman)
1999, p. 1.
107Cf. Michael Fuss, op. cit., pp.
195-196.
texte issu du site du Vatican :
http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/interelg/documents/
rc_pc_interelg_doc_20030203_new-age_fr.html